Qu’est-ce qui fait courir Teresa Ribera ?

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/Lundi dernier, voir l’Algérie aujourd’hui d’hier, le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a réaffirmé que, selon lui, «l’approvisionnement en gaz de l’Algérie vers l’Espagne est garanti».

Voilà qu’on apprend que la vice-présidente et ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, est venue hier en Algérie pour tenter de renforcer l’engagement du pays à fournir du gaz à l’Espagne. Certains observateurs spagnols vont encore plus loin  en évoquant une dernière tentative de déblocage du gazoduc maghrébin.  Selon ces indiscrétions, Ribera tiendra des réunions concernant la situation de cet oléoduc qui alimente l’Europe via le Maroc et l’Espagne et dont le contrat  expire le 31 octobre. Alertés, peut-être, par l’article de Reuter qui lève toute équivoque sur les intentions algériennes, les Espagnols veulent plus de garanties. Et pourtant les responsables algériens, et à un très haut niveau, ont déjà averti que le contrat ne sera pas reconduit. C’était clair pour tout le monde sauf peut-être pour quelques journaux internationaux et organes… algériens qui se sont empressés de reprendre la dépêche de l’agence londonienne comme un vrai scoop. L’Algérie, qui est le principal fournisseur de gaz en Espagne, garantissait le 30 septembre au ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, en visite à Alger, l’approvisionnement en gaz via Medgaz, inauguré en 2011 et qui relie directement les champs algériens de Hassi R’mel à la ville d’Almeria. L’Espagne était approvisionnée jusqu’ici à travers deux gazoducs. Le gazoduc Maghreb-Europe (GME), long de 1400 kilomètres inauguré en 1996 et qui approvisionne également le Maroc, a la capacité de transporter jusqu’à 13.500 millions de mètres cubes de gaz naturel par an et Medgaz qui arrive directement à Almería et qui a la capacité de transporter 8000 millions de mètres cubes, mais des travaux sont en cours pour le porter à 10 milliards de mètres cubes à partir du 26 novembre. Le problème pour l’Espagne est désormais de s’assurer que la même quantité de gaz acheminé à travers le Maroc continuera à atteindre la péninsule, ce qui représente un tiers de l’électricité consommée par le pays.

La stratégie espagnole

L’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe va aussi causer des dommages au Maroc. Rabat obtient entre 50 et 200 millions d’euros par an de «droits de passage» et garde 800 millions de mètres cubes par an de gaz d’Algérie à un prix stable. Ce gaz est utilisé pour alimenter les centrales à cycle combiné de Tahaddart (Tanger) et d’Ain Beni Mathar (à Oujda). Toutes  deux couvrent environ 10% de la production électrique marocaine et sont gérées par les sociétés espagnoles Endesa et Abengoa.  Et comment le Maroc peut-il pallier ce manque d’énergie ? Selon le très sérieux El Pais, qui cite une source qui a réclamé l’anonymat, «le Maroc pourrait demander à l’Espagne d’envoyer du gaz par le gazoduc GME dans le sens inverse. Mais nous ne   savons pas comment l’Algérie réagira si l’Espagne est d’accord». Une autre source a précisé au journal madrilène que «l’Espagne est intéressée à faire fonctionner les deux gazoducs pour des raisons d’approvisionnement et de maîtrise des prix, mais aussi d’entretenir de bonnes relations avec les deux pays sans heurter la sensibilité de l’un ou l’autre». La même source souligne que le Maroc qui avait de gros projets énergétiques, «s’est reposé sur ses lauriers et la fin du contrat est venue sans qu’aucun projet n’aboutisse».  Serait-ce l’une des raisons qui a amené Ribera à faire cette visite «urgente» à Alger ? En tous les cas, l’Espagne, qui considère le Maghreb comme une région stratégique, a toujours privilégié la neutralité dans les différends qui opposent l’Algérie et le Maroc et préfère rester à équidistance entre les deux pays maghrébins. Mais échaudé par un été pourri avec le Maroc, les Espagnols veulent pacifier des relations exécrables provoquées par les agissements de leur voisin du sud. Et pour cela, ils sont prêts à jouer les médiateurs pour peu qu’Alger opine du chef, mais ce n’est pas évident après toute l’animosité affichée par le Makhzen envers notre pays.

Les méthaniers en sauveurs

Autre problème que risque d’évoquer Teresa Ribera, c’est le moyen de transférer les quatre milliards de mètres cubes dont l’Espagne aurait encore besoin pour couvrir la demande actuelle. Les Algériens avaient  proposé d’acheminer cette quantité sous la forme de gaz naturel liquéfié (GNL), et transporté au moyen de méthaniers. 48 navires seraient   nécessaires pour transporter les quatre milliards de mètres cubes de gaz. Le prix de ces frets est soumis à plus de fluctuations  que le gaz qui arrive par les gazoducs. Le GNL est un produit plus cher et il appartient à un marché très disputé. Le prix élevé est dû au fait que le gaz doit d’abord être liquéfié à son point d’origine pour être transféré par bateau puis gazéifié à son arrivée en Espagne. Les Espagnols craignent aussi une pénurie de méthaniers suite  à une forte demande de gaz en Asie. Hakkar, le PDG de Sonatrach, a évoqué cet aspect et a déclaré attendre d’abord les sollicitations officielles de la part des Espagnols pour mettre en marche l’opération GNL à travers les méthaniers. Pour Hakkar la Sonatrach a les capacités de s’adapter à toute demande supplémentaires. Madrid, qui profite actuellement des avantages des contrats à long terme avec l’Algérie, a peur de payer les surplus de gaz à un prix qui affiche actuellement son plus grand niveau depuis des années. L’Espagne, qui est actuellement sur le point d’achever la phase de stockage souterrain, à des niveaux de 78%, le plus bas depuis dix ans, et à renforcer la quantité de gaz stocké dans les réservoirs des usines de regazéification pour affronter l’hiver dans de bonnes conditions, a rencontré un rejet catégorique d’une douzaine de pays européens de son offensive pour modifier les règles qui fixent le prix de l’électricité dans l’Union européenne . La France, l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la République tchèque préconisent une refonte du marché du gaz passant par une meilleure coordination des approvisionnements – voire un stockage ou des achats en commun –, et une réforme du marché de l’électricité, qu’ils trouvent aberrant face à la flambée des prix de l’énergie.  Classée en 2021, par le média Politico parmi les 28 personnalités européennes les plus puissantes d’Europe, la ministre espagnole joue gros dans cette visite pour clore définitivement ce dossier d’approvisionnement en gaz et passer l’hiver au chaud.

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