Rationalisation des importations et approvisionnement du marché national : Garantir un juste équilibre

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Transport et logistique

PAR R. AKLI

La poursuite des efforts et actions visant à assurer une meilleure régulation du commerce extérieur constitue l’un des défis majeurs que les pouvoirs publics auront à relever durant les quelques années à venir, l’enjeu étant à la fois de veiller à préserver les équilibres macro-économiques en évitant un nouvel emballement des importations et de garantir au même temps un approvisionnement régulier et suffisant du marché national en
divers intrants et biens non produits localement. Bien que contenues actuellement à des niveaux très rationnels, les dépenses du pays à l’importation ne sont pas
moins appelées à connaître une tendance soutenue à l’accroissement durant les trois prochaines années, corrélativement aux besoins croissants en divers biens, services, équipements et intrants que suscite désormais le regain de consommation domestique, mais aussi et surtout l’accélération attendue de la relance de l’économie réelle et de l’investissement.

Selon les projections officielles retenues pour l’élaboration de la loi de finances 2024, désormais en vigueur, la valeur globale des importations de biens devait clôturer l’exercice écoulé à un niveau de 40,7 milliards de dollars, en hausse de plus de 10% par rapport aux prévisions initiales de loi de finances de 2023. Pour l’année en cours, les mêmes projections indiquent que le montant des importations en dollar courant devra continuer, relativement, à croître pour atteindre 43,5 milliards de dollars (+ 7,1%), avant de grimper davantage en
2025 à un niveau de 47,4 milliards de dollars et de se stabiliser par la suite à ce même rythme en 2026.

Certes, les scenarii ainsi posés sur une période triennale (2024- 2026) montrent une courbe de progression somme toute prudente des dépenses du pays à l’importation, très loin en tout cas des niveaux « boulimiques » de près de 60 milliards de dollars qui ont
valu au pays durant la décennie précédente une érosion rapide de ces réserves officielles de change.

Néanmoins, la prudence devra demeurer de mise pour éviter tout emballement de ces
dépenses en devises durant les quelques années à venir, compte tenu notamment de la fragilité présente des prix du pétrole et des excédents non encore consolidés des balances commerciale et de paiements extérieurs, gage du pouvoir d’achat et de la solvabilité du pays à l’international. Avec des réserves de changes dépassant les 70 milliards de dollars, soit l’équivalent de près de deux ans d’importations, l’Algérie, comme l’a réaffirmé récemment le président de la République lors de son discours à la nation, continuera à se
maintenir parmi les rares pays non-endettés, tout en veillant à exclure tout option de recours à l’endettement extérieur afin de préserver sa souveraineté. La véritable alternative à privilégier, avait-il fait valoir en ce sens, est de  »poursuivre le développement de la production locale, tout en évitant d’importer ce qui n’est pas essentiel ».

Une approche de long terme en somme, et qui vise à concilier les objectifs majeurs de
préservation des fondamentaux économiques et de solvabilité du pays et ceux de garantir un approvisionnement régulier en divers biens et services. L’enjeu étant ainsi de veiller au juste équilibre entre la nécessité de contenir la facture d’importation, d’une part, et celle de ne pas créer de graves perturbations de l’offre sur le marché national, d’une autre part.

A cet égard, faut-il le rappeler, le chef de l’État avait tenu à assurer à maintes reprises que  »la rationalisation des importations ne doit en aucun cas se faire au détriment des besoins du citoyen » et que la substitution aux importations doit intervenir graduellement, à mesure que se développent les capacités de production locale, de sorte à parvenir à couvrir effectivement différents besoins du pays en divers biens et services.

Outre la création l’année dernière du Haut-Conseil de régulation des importations pour garantir une gestion plus coordonnée de ce secteur sensible, l’enjeu à court terme sera surtout d’accélérer la numérisions des différents secteurs économiques afin de permettre une évaluation plus rigoureuse de la production et de l’offre locales réellement disponibles, tout en évitant les improvisations administratives, souvent sources de perturbations,
voire de pénuries injustifiées, y compris parfois pour les besoins mêmes du fonctionnement de l’appareil productif national.

R. A.