Réforme financière et bancaire : Une culture du «cash» à faire reculer

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Réforme financière et bancaire : Une culture du «cash» à faire reculer

Par R. Akli

La banque d’Algérie (BA), autorité monétaire et bancaire souveraine, s’attelle depuis quelques mois à accélérer la mise en œuvre effective des nouvelles dispositions charriées par la version réformée de la loi monnaie et crédit, en particulier celles visant à favoriser l’inclusion financière, l’amélioration de la collecte de l’épargne et la digitalisation des services bancaires et financiers. En ligne de mire, la réduction urgente et cruciale de l’ampleur de la thésaurisation et du poids du cash dans les transactions financières courantes, source de graves aberrations économiques, telles que les phénomènes de fraude et d’évasion fiscales, de blanchiment d’argent sale, d’épanouissement de l’économie souterraine et d’aggravation des pressions inflationnistes. Bon an, mal an, la part de la circulation fiduciaire hors banques, soit les pièces et billets d’argent qui circulent au sein de la sphère économique et commerciale sans transiter par les circuits bancaires, continue à croître pour représenter plus d’un tiers de la masse monétaire globale, d’où l’impératif d’accélérer la modernisation du système bancaire national pour développer la monétique et les moyens de paiement scripturaux et réduire à terme la prépondérance néfaste du cash et de la thésaurisation. Pour ce faire, l’autorité monétaire qui est la banque centrale entreprend désormais de mettre en place toute une stratégie visant à impulser une nouvelle dynamique à la sphère bancaire locale afin d’améliorer son efficacité dans la collecte de l’épargne et de moderniser ses prestations et services, de sorte à remédier à la sous-bancarisation des populations et à résorber le déficit de crédit et de confiance qu’elle continue à accuser. Tout récemment, la BA a ainsi édicté un nouveau règlement ouvrant la voie à l’ouverture du champ bancaire, à l’installation de nouveaux intervenants, dont notamment les banques digitales dont l’émergence pourrait favoriser grandement le développement des moyens de paiement scripturaux et électroniques et contribuer ainsi à réduire le rôle de l’argent liquide et de la thésaurisation. Un enjeu placé au cœur de la réforme financière et bancaire, d’où l’installation récente du comité national des paiements (CNP), une haute instance chargée désormais de veiller à l’accélération de la généralisation des moyens de paiement modernes, dont l’évolution, bien qu’en forte progression ces quelques dernières années, demeure encore peu probante pour détrôner la culture du cash.  Aussi, telle que précisé par la banque d’Algérie, cette nouvelle structure aura notamment pour mission «l’élaboration d’un projet de stratégie nationale de développement des moyens de paiements scripturaux visant la bancarisation des transactions et le renforcement de l’inclusion financière». Un objectif qui passe, selon la même institution, par la satisfaction des besoins des usagers en termes d’outils de paiement électroniques adaptés à l’ensemble des activités économiques et remplissant plusieurs critères fondamentaux que sont la rapidité, la sécurité, la transparence et l’accessibilité de services bancaires modernes pour le plus grand nombre. Il s’agira ainsi d’œuvrer à  accélérer le déploiement de la monétique et des moyens de paiement scripturaux (transactions de compte à compte par simple jeu d’écritures) afin de réduire à terme la prévalence du cash. Une démarche de long terme à laquelle s’attellent désormais les autorités monétaires du pays, avec comme enjeu majeur la normalisation du fonctionnement de l’économie nationale et l’éradication des sources de l’informel et de l’évasion fiscale.

R.A.