Réformes économiques et sociales : 5 grands challenges pour l’Algérie en 2024

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PAR R. AKLI

2024 sera à n’en point douter une année charnière pour la concrétisation des grands chantiers de réformes économiques, institutionnelles et sociales mises en branle au cours de ces trois dernières années. Consolidation des fondamentaux et de la croissance économiques, préservation du pouvoir d’achat des ménages, parachèvement du processus de numérisation, modernisation du système bancaire et concrétisation des grands projets d’investissement sont en effet autant de chantiers ouverts et dont il est attendu des avancées concrètes et significatives dès l’année qui se profile. Cinq challenges prioritaires, à relever dès 2024, selon les échéances et objectifs prévus à cet effet dans le cadre de la nouvelle politique économique tracée par les pouvoirs publiques.

Consolidation de la croissance et des fondamentaux

A 4,2%, la croissance de l’économie nationale maintient un rythme positif cette année et les perspectives de sa consolidation en 2024 sont jugées favorables, de l’avis même des institutions financières internationales. De même, les autres fondamentaux économiques évoluent positivement, avec à la clé un matelas d’épargne en devises de plus de 73 milliards de dollars, soit l’équivalent de près de deux ans d’importations de biens et de services. Une marge de manœuvre confortable en somme pour financer et hâter la concrétisation des réformes structurelles indispensables à la diversification de l’économie nationale, d’autant que le pays reste largement à l’abri d’un recours à l’endettement extérieur, tel que l’a réaffirmé formellement le chef de l’État lors de son récent discours à la nation. Dès lors, le premier challenge à relever durant l’année à venir est de veiller à préserver cette bonne santé financière dont jouit le pays, en favorisant une gestion rationnelle de la dépense publique, en empêchant l’emballement des déficits et des importations et en stimulant les nouveaux vecteurs d’une croissance économique hors pétrole et gaz, en particulier les secteurs agricole et industriel.

Préservation du pouvoir d’achat et lutte contre l’inflation

47%, c’est le niveau que devront atteindre dès le début de l’année prochaine la somme des augmentations salariales mises en place depuis l’année dernière par les pouvoirs publics à la faveur d’un gros effort budgétaire consenti en vue d’opérer un réel rattrapage de pouvoir d’achat face à la résurgence post-Covid-19 de grandes tendances inflationnistes nationales et mondiales.

Une inflation qui bien qu’en léger recul ces quelques derniers mois continue néanmoins à caracoler à des taux proches de 9%, le défi pour l’année prochaine étant ainsi de veiller sinon à la juguler, du moins à la contenir, afin d’éviter aux ménages de perdre de la main gauche ce qu’elles ont gagné de la main droite avec l’amélioration récente des revenus salariaux. Un enjeu qui devra passer à la fois par la consolidation des dispositifs de régulation des prix à la consommation ; une politique monétaire plus vigilante et une poursuite de l’effort de revalorisation de la parité du dinar.

Parachèvement du processus de numérisation

Clé de voûte du nouvel édifice institutionnel et des politiques de réformes socioéconomiques engagées ces quelques dernières années, le processus de numérisation, qui a connu tant d’entraves et de lenteurs, devra être parachevé au cours du premier semestre de 2024, selon les échéances annoncées récemment par le chef de l’État.
Point d’articulation pour l’instauration de nouveaux modes de gouvernance et pour
sonner la fin de l’opacité et de l’improvisation dans la gestion des deniers de l’État et la
mise en œuvre des politiques publiques, ce processus stratégiques connaît désormais
des avancées notables dans autant de segments essentiels que ceux de la santé, de
l’éducation, des services publics, des impôts, des douanes et des domaines. Le défi pour
2024 est de hâter son extension, tout en veillant à assurer une interconnexion efficiente et coordonnée entre différents secteurs et administrations.

Réforme et modernisation du système bancaire

Deux grandes banques publiques de la place locale, le CPA et la BDL en l’occurrence, devront s’ouvrir dès les premiers mois de l’année prochaine à la participation privée à
travers des opérations de cession d’actions en Bourse en direction d’un large public
d’épargnants institutionnels et de particuliers. Des ouvertures de capital voulues par
l’État-propriétaire comme un véritable gage de mise en œuvre effective de la réforme
financière et bancaire, mais aussi comme un signal fort à l’adresse du capital privé
pour l’encourager à s’impliquer davantage dans la diversification des sources de financement de la croissance. Un enjeu majeur qui suppose une véritable rupture avec les
logiques politico-bureaucratiques qui entravaient jusque-là la modernisation du
système bancaire national et qui généraient des flux incessants de créances douteuses
et d’impayés pour les banques publiques. Le challenge étant ainsi de faire de l’ouverture
du capital du CPA et de la BDL un véritable déclic pour un changement palpable de la
gouvernance bancaire et financière.

Concrétisation des grands projets d’investissement

Plus de 4650 projets d’investissement, dont près d’une centaine d’investissements
directs étrangers (IDE) ou en partenariat, sont déjà enregistrés auprès de l’Agence
algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). Signe d’un regain de confiance
des investisseurs vis-à-vis du marché algérien, ces projets, dont la moitié va vers l’industrie, devraient commencer à prendre concrètement forme dès l’année prochaine,
avec le parachèvement de l’édifice législatif relatif à l’investissement, dont il ne reste
d’ailleurs que la publication de quelques textes d’application inhérents à la nouvelle
loi définissant les conditions et modalités liées à l’octroi du foncier économique.

R. A.