Surconsommation et mauvaises habitudes alimentaires durant le ramadan : Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme

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Surconsommation et mauvaises habitudes alimentaires durant le ramadan : Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme

Par Wafia Sifouane

Alors que le mois de ramadan est censé être un mois de piété par excellence, il est devenu au fil des ans, à cause des mauvaises habitudes alimentaires adoptées, le mois de tous les excès.

En effet, pour beaucoup, le mois sacré rime avec la surconsommation de savoureux mets et pâtisseries pour se récompenser d’une longue journée de jeûne.

Hélas, une pratique qui n’est pas sans risques, bien au contraire ; elle a démontré de nombreux effets néfastes sur la santé dont l’apparition de diverses pathologies à l’instar du diabète et des maladies cardiovasculaires.

Une situation d’autant plus grave que de nos jours, avec l’explosion des prix des matières premières et certains aliments, beaucoup ont recours aux additifs et améliorants pour préserver le goût mais en ne souciant guère de la santé du consommateur.

Erreurs de nutrition

Face à ces pratiques qui mettent la santé des citoyens à rude épreuve, de nombreux spécialistes n’ont pas hésité à tirer la sonnette d’alarme, en appelant les citoyens à consommer de manière «raisonnable», tout en privilégiant une alimentation plus saine durant ce mois.

C’est le cas de Dr Wadjedi Abdelmalek, médecin généraliste exerçant dans une clinique de proximité, qui a affirmé sur un plateau télé que de nombreux citoyens se laissent aller durant ce mois. «Ce que j’ai constaté durant des années de pratique, c’est que l’ensemble des erreurs de nutrition se produisent durant le mois sacré.

Le malade entame le mois dans un état et l’achève avec des complications, à un point tel que le mois sacré est devenu une source de problèmes pour les gens qui ne respectent pas leur régime alimentaire», a-t-il déploré.

S’ajoutent à cela des facteurs aggravants, à l’instar de «la sédentarité et le manque de sommeil», a-t-il ajouté. Cependant, pour éviter les excès, le médecin préconise l’application de la règle de base de la nutrition.

«L’équilibre alimentaire est basé sur une seule règle qui dit qu’il faut consommer un peu de tout et beaucoup de fruits et légumes», recommande-t-il, en appelant les citoyens à limiter au maximum la consommation de certains produits, à l’instar de la zlabia.

Il est à noter qu’un morceau de zlabia équivaut à 17 morceaux de sucre, tout comme les sodas dont un seul verre peut contenir jusqu’à 20 morceaux de sucre !

De son côté, la nutritionniste Soumia El-Bey estime qu’il est serait «bénéfique pour les jeûneurs d’inverser la tendance» pour «jouir de l’ensemble des avantages qu’offre le jeûne à la santé».

Elle explique que le mois de ramadan est une «excellente opportunité pour réduire certaines pathologies avec le renforcement de notre immunité grâce à l’autophagie que provoque le jeûne», a-t-elle fait savoir.

Sur ce point, elle considère que le mois de ramadan peut vraiment être «un point de départ pour changer ses mauvaises habitudes alimentaires et améliorer son état de santé en adoptant les bons gestes».

La sécurité sociale dépassée dans 10 ans

Pour sa part, le professeur Kamel Khiati, président du Forem, affirme que la situation est vraiment «dramatique», notamment avec la hausse vertigineuse du nombre de personnes diabétiques estimé à 4 millions.

«Le mois de ramadan est devenu le mois de la démesure en matière de nutrition. Les Algériens consomment beaucoup de sucre, c’est un véritable drame. Nous sommes aujourd’hui à 4 millions de diabétiques et ce chiffre est en hausse constante», a-t-il fait savoir.

«Il y a tellement de pathologies que l’on pourrait éviter en changeant notre alimentation, mais hélas personne n’agit dans ce sens.

Dans 10 ans, les services de la sécurité sociale seront dans l’incapacité financière de prendre en charge tous ces malades», a-t-il jugé.

Qualifiant certains aliments de véritables poisons, à l’instar de la zlabia qu’il compare à de «la confiture en barre», ou encore la citronnade vendue sur les tables des marchés qu’il considère comme «une eau sucrée, colorée et bourrée d’additifs cancérigènes», notre interlocuteur a appelé le ministère du Commerce à «constituer une véritable armada de contrôleurs pour mettre un terme à ces commerces», a-t-il dit, en affirmant que «les citoyens n’en seront que reconnaissants».

Affirmant que la sensibilisation demeure le moyen le plus efficace pour réduire la surconsommation, Pr Khiati a demandé au ministère de la Santé de multiplier les campagnes de sensibilisation durant ce mois sacré en impliquant l’ensemble des acteurs de la société, y compris les imams qui doivent «évoquer les effets néfastes d’une mauvaise alimentation dans leur prêche, surtout que notre religion encourage une alimentation saine».

Par ailleurs, Pr Khiati a tenu à dénoncer «le bombardement des citoyens de spots publicitaires pour des produits néfastes pour la santé à des heures de grande écoute», a-t-il dit, d’autant plus que «les premières victimes sont les enfants», a-t-il ajouté.

Pour lutter contre cela, notre interlocuteur a recommandé aux autorités concernées un meilleur contrôle des contenus des spots publicitaires.

W.S.