Surcoûts et délais allongés : Comment l’insécurité en mer Rouge impacte les importations algériennes

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PAR BRAHIM AZIEZ

L’agression israélienne sur Ghaza n’a pas été sans incidences sur l’économie mondiale. Et sur le transport maritime, les incidences se sont amplifiées avec l’entrée en lice des houthis dans cette zone stratégique par laquelle transitent 12% du commerce mondial. Du coup, les impacts sur les prix du transport et des marchandises seront inévitables sur les importations en Méditerranée, et l’Algérie devrait en subir les effets dans les jours à venir.

En effet, depuis le début du mois de décembre 2023, le paysage géopolitique est
bouleversé par les houthis qui ont intensifié leurs attaques contre les navires marchands
transitant par le détroit de Bab El-Mandeb, point d’étranglement maritime qui sert de
passage obligé aux navires voyageant entre l’Europe et l’Asie via le canal de Suez.
Et malgré la création d’une force maritime internationale sous l’égide des EtatsUnis, la situation est loin d’être revenue à la normale en mer Rouge. Les navires s’acheminant vers l’entrée sud du canal de Suez restent sous la menace des houtis du Yémen qui ont ciblé, pas plus tard que le 3 janvier dernier, le Tage, porte-conteneurs de l’armateur français CMA CGM.

Certains transporteurs préfèrent attendre ou se faire escorter sur ce passage à risque, au moment où d’autres ont opté pour la solution à moindres risques en contournant le continent à travers le cap de Bonne-Espérance. C’est le cas de Maersk, l’entreprise
danoise de transport, qui a décidé le 5 janvier de détourner sa flotte de la mer Rouge
en passant par l’Afrique du Sud, en raison des attaques menées par les houthis depuis
le Yémen. Une décision qui aura inéluctablement des incidences sur les prix du
transport et, par ricochet, des répercussions sur les prix des marchandises. Il se trouve que, depuis le 18 novembre 2023, 25 bateaux commerciaux circulant dans le sud de la mer Rouge et dans le golfe d’Aden ont subi des attaques.

En Algérie, les industriels appréhendent déjà l’impact des retards sur leurs chaînes de production

Pour l’heure, les quelques opérateurs que nous avons pu joindre hier appréhendent déjà les répercussions sur les prix, mais surtout sur les délais supplémentaires qui découleront du choix de certains transporteurs de faire transiter leurs flottes par l’Afrique du Sud pour relier l’Asie à la Méditerranée. Les craintes sont plus grandes chez les industriels qui importent leurs matières premières depuis la Chine et certains autres pays d’Asie. C’est le cas de Condor qui, malgré un stock d’un mois, pourrait voir ses chaînes de production perturbées par une rupture des approvisionnements. Pour son directeur général, il n’y a
pas encore de visibilité sur les prochains arrivages, mais la menace est là, surtout
s’agissant de produits électroménagers qui sont saisonniers. « Les climatiseurs, ça se
prépare dès maintenant », nous signalera Mohamed Daâs, qui ne cache pas sa crainte
de voir les prochains arrivages affectés par le contexte. Une menace qui pèse aussi sur
les prix qui subiront inévitablement des surcoûts. Et à ce propos, l’épisode de la pandémie de Covid-19 où le transport des conteneurs est passé de 4000 dollars à 22.000
dollars est encore vivace dans les esprits des opérateurs économiques.

Ces craintes sont cependant moindres chez les importateurs qui procèdent à la
revente en l’Etat. Dans l’automobile, à titre d’exemple, la menace pourrait être contenue pas des accords à l’amiable avec les clients, et les surcoûts supportés par les
concessionnaires sur les commandes déjà prises, ou répercutés sur les prix pour les commandes futures.

10 à 20 jours de plus et le détour par l’Afrique du Sud impacte les prix

Contourner l’Afrique en passant par le cap de Bonne-Espérance rallonge le voyage
entre l’Asie et l’Europe de 10 à 20 jours en moyenne, selon Arthur Barillas, directeur
général d’Oversea, un commissionnaire de transport. Ce détour également réalisé par
de nombreuses compagnies maritimes a un coût. CMA CGM est le premier transporteur
de la ligne régulière à annoncer des hausses spectaculaires de ses tarifs. Elles sont de
1500 dollars, depuis l’Asie vers l’Europe et la région méditerranéenne.

A partir du 15 janvier, date de chargement dans les ports d’origine, et jusqu’à
nouvel ordre, les prix pour transporter un conteneur depuis les ports asiatiques (y
compris le Japon, l’Asie du Sud-Est et le Bangladesh) vers la région méditerranéenne vont subir une inflation de 2000 dollars (au 1er janvier) à 3500 dollars vers la Méditerranée occidentale, et de 2100 à 3600 dollars vers la Méditerranée orientale, soit 1500 dollars de plus qu’au premier jour de l’année.

Selon Xeneta, le détour par le passage du cap de Bonne-Espérance pourrait se matérialiser par un surcoût d’un million de dollars par navire rien qu’en frais de carburant.

B. A.