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Tensions sur les marchés mondiaux du blé : L’Algérie continue à alimenter ses stocks

/Les prix du blé ne cessent de s’envoler, atteignant des sommets historiques. Jeudi dernier, sur la place de marché Euronext, la tonne de blé rendu à Rouen se négociait à 412 euros la tonne, et celle rendue à La Pallice à 440 euros. Et les dirigeants européens, français particulièrement, sont unanimes à prédire une crise alimentaire dans les mois qui viennent, si le conflit russo-ukranien persistait encore. Une inquiétude confortée par des augmentations des cours des  céréales de plus de 50% depuis le début de l’année.

Du coup, les spécialistes en arrivent à se demander où s’arrêtera la flambée du prix du blé qui bat des records historiques de jour en jour. Jeudi dernier, Eric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), évoquait cette situation en avouant que «c’est du délire».  Il faut dire que depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, les investisseurs tentent d’anticiper les conséquences de cette guerre sur le marché mondial du blé, hautement stratégique, sachant que les flux maritimes transportant les marchandises d’Ukraine et de Russie sont au point mort.

Un risque de crise alimentaire dans les pays fragiles

Face à ce brusque arrêt des exportations de blé, les pays importateurs sont sur le qui-vive. En particulier l’Egypte, plus gros acheteur de blé au niveau mondial avec un volume de près de 12 millions de tonnes. Mais aussi la Tunisie, le Maroc, l’Algérie et le Liban qui disposerait d’à peine 3 à 4 semaines de stock. Pour Le Caire, cela représente 80% de ses approvisionnements, même si le pays a tenté de diversifier ses sources en se tournant vers la Roumanie, en 2021. «L’Egypte a encore trois ou quatre mois de stock», estime Jean-François Loiseau, président de l’interprofession céréalière française, Intercéréales. Pour sa part, la Tunisie vient de relancer un appel d‘offre pour 125.000 tonnes de blé tendre et 100.000 tonnes d’orge fourragère après avoir annulé celui de la semaine précédente. Les pays du pourtour méditerranéen sont devenus très dépendants de la Russie et de l’Ukraine. Même l’Algérie, partenaire commercial historique de la France, snobait le blé français lui préférant son homologue russe ou ukrainien, en raison de son adaptation au nouveau cahier des charges et ses prix plus attractifs.

Même l’Iran aurait acheté environ 240.000 tonnes de blé origine Europe.

L’Algérie prend ses dispositions

Très dépendante de l’importation de blé avec un volume estimé entre 7 et 8  millions de tonnes/an, l’Algérie tente de réduire sa dépendance des importations malgré un contexte défavorable marqué par le stress hydrique qui a fait reculer, sa production annuelle de 39 millions de tonnes en 2020 à 14 millions de tonnes l’an dernier. Mais depuis la fin de l’année dernière, et bien avant la folle envolée des prix enregistrée à partir du 20 février, l’Algérie a pris ses dispositions en achetant de grandes quantités de blé, essentiellement de la mer noire (Russie), et d’Europe plus récemment. Et même si celles-ci, ajoutées aux récoltes prévisionnelles de la saison agricole en cours, assurent des stocks jusqu’à la fin de l’année, l’Algérie continue à importer, en témoigne le récent achat de 560.000 tonnes d’origine optionnelle annoncé par le site spécialité Terre-Net. Celui-ci précise que l’origine France aurait été retenue en grande partie, avec une petite part en provenance d’Argentine.  Il est utile de rappeler que depuis près d’une année, l’Algérie s’est détournée du blé français en raison de sa cherté, pour s’orienter vers le blé russe qui correspond le plus au nouveau cahier des charges en la matière, avec des prix moindres. Mais voilà, le conflit russo-ukranien et les sanctions imposées à la Russie ajoutées au blocus des ports ukrainiens font qu’il n’est plus possible d’acheter le blé de la mer noire.

Au même moment, d’autres pays enregistrent des stocks à l’exportation, à l’exemple de la France. Sauf que les prix sont excessivement élevés. Mais la sécurité alimentaire n’a pas de prix, d’où l’achat par l’Algérie récemment de près de 600.000 tonnes à 485 dollars la tonne livrée (en plus des frais de transport), soit l’équivalent de 444,46 euros.

Situation des stocks de blé

«Nous avons du stock dans le port d’Odessa, mais nous ne pouvons pas honorer les commandes. Comme celle de l’Algérie, qui nous demandait 90.000 tonnes de blé ukrainien», explique Thierry Blandinières, directeur général de l’union des coopératives InVivo, qui a racheté depuis peu le groupe céréalier Soufflet implanté en Ukraine. Il précise, toutefois, que les stocks de blé sur place sont bien protégés. L’Ukraine, quatrième exportateur mondial cette année, avec un total de 24 millions de tonnes, disposerait de près de 6 millions de tonnes de blé encore à écouler, mais pour l’instant bloqués. Quant à la Russie, elle devait garder son titre de premier exportateur mondial avec 35 millions de tonnes, dont il reste encore 8 à vendre. Mais la situation dans les ports russes n’est guère plus fluide. En France, où le malheur des uns fait le bonheur des autres, on parle de 3,5 millions de tonnes de blé qui attendent preneur. Mais il y a, aussi, l’Allemagne, la Pologne, les Etats baltes et l’Argentine qui peuvent suppléer au manque de blé russe et ukrainien.

B. A.

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