Usines de Tafraoui : Les prémices d’un retour de Renault

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PAR BRAHIM AZIEZ

TOUT PORTE à croire que les choses se délient pour Renault et Volvo Trucks qui attendent le feu vert pour reprendre leurs activités industrielles entamées, respectivement, en novembre 2014 pour la marque au losange (Renault Algérie Production de Tafraoui) et juillet 2016 pour Renault Trucks/Volvo Trucks (Soprovi de Meftah pour le groupe suédois AB Volvo). C’est, du moins, ce que l’on est tenté de conclure à la lecture de l’entretien accordé par le ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, Ali Aoun, au magazine Indjazat, et dans lequel il a cité la présence de fournisseurs locaux déjà sélectionnés par Fiat, Renault et Soprovi (Renault Trucks/Volvo Trucks). A une question relative aux initiatives entreprises pour stimuler le secteur automobile en Algérie de manière à permettre l’ouverture des perspectives d’intégration industrielle pour renforcer la compétitivité de l’industrie automobile nationale, Ali Aoun dira que « l’Algérie dispose d’un
potentiel très important pour le développement de cette filière prioritaire stratégique industrielle ». Il ajoutera que « la nouvelle vision stratégique de développement de l’activité de construction de véhicules projette la mise en place d’une véritable industrie automobile qui doit atteindre le taux de 30% d’intégration au minimum, au terme de la 5e année
d’entrée en exploitation conformément aux dispositions du décret exécutif n°22-384 fixant les conditions et les modalités d’exercice de l’activité de construction de véhicules ».

Le ministre enchaînera en affirmant que « le développement de cette industrie présente des opportunités d’investissement dans les filières liées à la sous-traitance et l’exportation vers les usines automobiles à l’étranger ». Il fixera les produits visés par la sous-traitance (sièges, câblage, tapis, joints d’étanchéité, pièces en plastique, pneumatiques, pièces en caoutchouc, batteries, peinture et solvants, vitrage, sellerie, faisceaux électriques, pièces usinées…).

L’on apprendra, ainsi, que « des centaines d’opérateurs locaux sont en train de se positionner pour devenir des fournisseurs des industries automobiles dans différents domaines d’activités, dont une vingtaine sont en mesure de produire pour le secteur automobile », et de préciser que « certains ayant même abouti à un contrat de prestation-fourniture avec des constructeurs automobiles après une phase d’accompagnement homologation, notamment par les constructeurs que sont Renault, Fiat et Soprovi (construction de camions de marque Volvo).

Des prémices sur la reprise des usines RAP (Renault) et Soprovi (Volo Trucks)

Il faut savoir qu’en octobre 2022 déjà, le wali d’Oran, Saïd Sayoud, indiquait, en marge
d’une journée d’étude sur l’explication du nouveau code d’investissement organisée par la
Direction locale de l’industrie, que l’usine Renault Algérie Production (RAP), située à Oued
Tlélat, reprendra son activité « progressivement ». Saïd Sayoud précisait, cependant, que cela se ferait « selon les conditions fixées par l’Etat algérien ». Une information confirmée par le patron de Madar en mars 2023, précisant que l’usine se préparait à reprendre ses activités en 2024, sans plus de précisions. Pour rappel, le groupe Madar Holding a repris, en mai 2022, la participation de 34% détenue par la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) dans la société Renault Algérie Production (RAP) d’Oued Tlélat (wilaya d’Oran), une « opération qui intervient dans le sillage du transfert de la SNVI au ministère
de la Défense », selon son premier responsable.

Charef Eddine Amara avait même révélé que son groupe envisageait le rachat de la part de la SNVI dans ZF Algérie (20%), et une autre participation dans l’entreprise Sogis (26%). Le même responsable avait souligné que l’entrée d’une entreprise de la taille de Madar dans l’industrie automobile représente un ajout qualitatif particulier, et qu’elle entrera en tant que partenaire financier et non en tant que partenaire technologique. De son côté, le groupe AB Volvo a racheté en 2023 les parts du partenaire algérien dans l’usine Soprovi Souakri, pour devenir propriétaire de la société devant produire des camions Renault Trucks et Volvo à Meftah.

Des avantages pour les sous-traitants

Pour la couverture des inputs et produits de sous-traitance destinés à l’outil de production
national, et notamment la sous-traitance qui demeure encore un maillon faible de ce processus, le ministre révélera qu' »il est devenu nécessaire de structurer et d’encadrer la politique de la promotion de la sous-traitance par des dispositions réglementaires adossées à des mesures organisationnelles, techniques, technologiques et d’accompagnement ».

A cet égard, le ministère de l’Industrie aurait adopté une stratégie d’accompagnement aux sous-traitants qui vise, essentiellement, la création d’une base de sous-traitance qui constitue un préalable essentiel pour assurer un développement viable pour les filières industrielles, le renforcement de l’intégration des capacités nationales à travers la valorisation des intrants locaux en vue d’assurer la substitution aux importations et l’augmentation du potentiel d’exportation.

Aussi, des mesures incitatives auraient été mises en œuvre pour encourager l’activité de sous-traitance en faisant bénéficier les constructeurs d’un régime préférentiel et en les exonérant des droits de douane et de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) des composants et matières premières importés ou acquis localement par les sous-traitants dans le cadre de leurs activités, ainsi que la création des quatre Bourses de sous-traitance et de partenariat qui ont pour rôle l’accompagnement des entreprises sous-traitantes et la mise en relation d’affaires entre donneurs d’ordres et receveurs d’ordres.

B. A.