Victoire du RN aux européennes et l’Algérie : Le populisme à l’épreuve du pragmatisme

0
534

Par Djilali B.

Les résultats des européennes ont démontré deux choses : le fossé entre les dirigeants et leurs peuples et la propension de ces derniers à écouter ceux qui parlent de leurs préoccupations même si cet intérêt est enrobé dans une rhétorique populiste.

En effet, lorsque les droites, dans leurs extrêmes surtout, semblent s’intéresser au pouvoir d’achat, au coût de la vie et l’installation de la précarité, les dirigeants se focalisent sur la guerre en Ukraine, vont s’endetter pour aider ce lointain pays contre la Russie. Ce n’est qu’un élément parmi les facteurs qui ont propulsé l’extrême droite française par exemple vers le sommet et recalé le chancelier allemand devant les centristes qui ont opéré un large virage à droite.

La France officielle s’est réveillée groggy ; et le président Emmanuel Macron décide de jouer encore une carte à risque. Dissoudre l’assemblée nationale et organiser de nouvelles législatives. Il prend le risque de donner encore l’avantage à l’extrême droite, le rassemblement national de Marine Le Pen et ressusciter la gauche qui trouve son compte dans la déroute de Macron. La recomposition de l’assemblée nationale française est donc plausible. Cela d’autant que l’extrême droite rognait à chaque élection, depuis que le parti, raciste et xénophobe de J.-M. Le Pen, a opté pour un uniforme et un discours plus acceptables, des parts du fromage de l’assemblée. Un scénario aux législatives similaire à celui des européennes a dans ce contexte une bonne place dans les pronostics.

 

Toujours ces accords de 68 !

Toutefois, c’est à l’international qu’une victoire du RN aux législatives aura un impact pour des raisons idéologiques situées aux antipodes des intérêts même de la France. Une idéologie qui repose sur, par exemple, un racisme sélectif, une position sélective envers l’immigration. Il n’est pas surprenant que le rejet de l’immigration, maghrébine surtout, algérienne principalement, soit le cœur même de la philosophie du RN. Ce n’est d’ailleurs que sur cette question que ses positions et son programme sont clairs.

Dans l’euphorie de sa victoire et face à la douche froide de la droite et de la macronie, on sort immédiatement la question de l’immigration, des relations avec l’Algérie et bien entendu l’inévitable dossier pour l’extrême droite, des accords de 1968. Ce n’est encore que les élections européennes. La logique et le bon sens voudraient que les regards se tournent vers Bruxelles. Pas vers l’Algérie, située dans le continent africain. L’Algérie fait partie de l’union africaine et non de l’union européenne.

L’accord de 1968 que l’on présente encore aujourd’hui comme avantageux pour les Algériens n’a pas connu un seul instant d’application au moins depuis trois décennies. Ni pour l’installation ni pour la naturalisation. Les Algériens sont traités au même titre que les ressortissants des autres pays, mais pas mieux. La même attitude a marqué la procédure d’octroi des visas pour les Algériens, qui sont d’ailleurs en queue de peloton de ceux qui l’obtiennent, qui obéit à des paramètres, avant tout, politiques.

Depuis le gouvernement Sarkozy jusqu’à celui de Macron avec son ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, foncièrement sarkoziste dans l’attitude et la méthode, qui a justifié le chantage aux visas par l’octroi de laissez-passer consulaires à de prétendus ressortissants algériens en situation irrégulière. Il donna d’ailleurs un chiffre surréaliste de ces ressortissants algériens que Abdelmadjid Tebboune l’a ouvertement traité de menteur. Et les chiffres réels sont soudainement tombés. La focalisation sur cette question, qui a d’ailleurs fait s’imploser ce qui restait de la droite traditionnelle, a prouvé une incapacité de l’extrême droite à élaborer un véritable programme.

 

Quid des accords économiques ?

Et son ignorance des intérêts, particulièrement économiques, de la France en Algérie. Parce que s’il est aisé de dénoncer l’accord de 68, ce qui n’est qu’un acte politique, il serait sans aucun doute difficile d’encaisser ses revers dont la dénonciation par l’Algérie des accords économiques.

L’Algérie représente un important marché pour la France. Y compris dans le cadre de l’accord d’association avec l’UE où les produits importés sont essentiellement français. Ce n’est pas un hasard que chaque visite officielle ou ministérielle est flanquée d’une délégation d’hommes d’affaires ou du Medef.

L’Algérie, juste pour le rappel, a sauvé in extremis Alstom de la liquidation pour… 7 milliards d’euros en lui offrant le marché des trams. Quid des avantages de Total Energies. Mais pas que. Loin de cultiver la rancune, l’Algérie, qui pouvait acquérir ce même Alstom cédé finalement aux Américains, n’a pas fait de vague. Pas même lorsque Suez ou la Ratp n’ont pas honoré leurs engagements contractuels avec Seaal et le métro d’Alger.

On pourra ajouter aussi le ballet des responsables d’Engie à Alger depuis deux ans pour renforcer sa position parce qu’il y a un marché prometteur.

Il y a bien sûr la coopération sécuritaire que les responsables français reconnaissent. Les responsables des services de sécurité et de renseignement français reconnaissent que l’échange d’informations entre les services des deux pays ont été importants notamment lorsqu’il s’agit de terrorisme auquel sont confrontés les deux pays.

Faut-il à ce propos rappeler le recadrage de Renaud Pila, éditorialiste LCI, d’un député du FN sur ces questions, plus importantes, mais pas inscrites dans l’accord de 1968. Parce que là, il ne s’agit ni de politique ni d’idéologie, il s’agit de pragmatisme. Une option manquante chez l’extrême droite.

D.B.