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2022, l’année de l’histoire de la guerre d’Algérie par excellence

/L’ouverture des archives judiciaires françaises 15 années à l’avance, coïncidera avec la commémoration du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

2022 augure d’une production éditoriale centrée sur l’évènement. Des plus anciennes – celles qui ont pignon sur rue en France – aux plus récentes, la majorité des maisons d’édition en France ont prévu de revisiter le plus sanglant des conflits de décolonisation. Et de le revisiter au moyen de nouveautés ou de rééditions. Essais, romans, dictionnaires et beaux livres sont attendus d’ici à décembre prochain, signés par des auteurs français, algériens mais aussi étrangers. Les chaînes de télévision ne sont pas en reste. Qu’il s’agisse des chaînes généralistes ou thématiques, des chaînes publiques ou privées, les antennes hexagonales vont mettre leurs écrans à l’heure de la guerre d’Algérie et de l’épilogue du conflit. Documentaires et fictions sont annoncés.

L’INA et ARTE ouvrent le bal

Premières à se lancer dans cet exercice commémoratif, l’INA et ARTE. L’institut national de l’audiovisuel et le groupe franco-allemand ont choisi de conjuguer leurs dispositifs de production pour proposer au public une série documentaire sur le conflit. ‘’En guerre(s) pour l’Algérie’’ – c’est l’intitulé de la série – est un programme qui donne la part belle aux témoignages de ceux qui ont vécu cette guerre coloniale de part et d’autre de la Méditerranée. C’est l’INA qui s’est chargé de recueillir les confessions mémorielles, ARTE s’étant engagée à les porter à l’écran. ‘’Cette série (documentaire) offre une multitude de regards sur un moment particulièrement sensible de notre histoire commune’’, explique-t-on du côté de l’INA. L’idée de cette série documentaire s’est dégagée voici deux ans. ‘’Tout est parti d’une rencontre avec ARTE France’’, précise Anne Génevaux, productrice à l’INA qui a piloté le projet et en a défini le concept. Habituée à mettre l’Algérie sur ses antennes, ARTE était ‘’en pleine réflexion’’ sur un documentaire à produire sur la guerre d’Algérie à l’occasion du 60e anniversaire des accords d’Evian et du dénouement du conflit. ‘’Beaucoup de films ont déjà été faits mais bien souvent leur récit est centré sur un aspect spécifique de la guerre, un évènement précis ou un groupe de populations en particulier, observe Anne Génevaux. Il nous a donc semblé que la meilleure façon de raconter ce conflit majeur du XXe siècle était de la faire avec une diversité de voix, une diversité de mémoires qui, parfois, peuvent être opposées. Il y avait, de notre part et de celle d’ARTE France, la volonté de ne pas laisser disparaître les mémoires individuelles de celles et ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie’’. Une soixantaine de témoins – 66 exactement – ont été interrogés par les équipes de l’INA. Ils ont aujourd’hui entre 78 et 88 ans, autant dire des témoins oculaires qui avaient entre 10 et 20 ans en 1954 et qui avaient atteint l’âge adulte au plus fort du conflit.

Des professionnels pour piloter les projets

L’INA – et ARTE France – ont confié le pilotage éditorial de cette série à des professionnels de l’histoire et de la télévision, histoire de ne pas passer à côté d’un projet qui se veut documentaire. ‘’Il était indispensable de nous appuyer sur la compétence d’historiens ou d’historiennes. C’est à Raphaëlle Branche que nous avons naturellement pensé puisqu’elle est une spécialiste de la guerre en Algérie’’. Raphaëlle Branche émarge aujourd’hui au rang des historiens/historiennes les plus connu(e)s dans le registre du savoir académique sur les guerres coloniales, en particulier la guerre d’indépendance algérienne. A l’aube des années 2000, elle avait signé ‘’La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962’’ (Paris, Gallimard). Issu d’une remarquable thèse d’histoire, le livre a fait irruption dans les librairies du fond du témoignage de la moudjahida Louisette Ighilahriz sur les sévices – torture et viol – subis pendant la guerre. L’INA a proposé à l’historienne de ‘’porter cette collecte inédite (de témoignages) avec nous, mais aussi de devenir co-autrice’’ avec Rafael Lewandowski, un réalisateur franco-polonais qui compte à son actif une somme de documentaires dont certains primés.

Photos, vidéos et témoignages inédits

‘’D’emblée, nous voulions que le panel de témoins soit le plus représentatif possible de la diversité des expériences de la guerre, explique la productrice de l’INA. Il a donc fallu commencer par établir la liste des différents profils directement impactés par le conflit : appelés du contingent, combattants de l’ALN, Français d’Algérie, militants du FLN, membres de l’OAS’’. L’INA a choisi en priorité de confier les entretiens à des historiens ou doctorants, connaisseurs de ce conflit. ‘’Il fallait que les intervieweurs soient en capacité de réagir à des propos qui pourraient parfois être imprécis ou «déformés» par la mémoire. Nous les avons spécialement formés, sur 2 jours, à l’entretien filmé, exercice complètement nouveau pour eux toutes et tous. Raphaëlle Branche leur a exposé le cadre de la collecte et les difficultés liées à la fragilité du récit de mémoire. Rafael Lewandowski, le réalisateur, les a initiés au tournage en studio. Ce qui était intéressant avec cette équipe d’intervieweurs, c’est qu’aucun ou aucune n’avait vécu la guerre d’Algérie. Pour leurs propres travaux de recherches, ils avaient été amenés à réinterroger ce conflit. Et ce regard-là était très intéressant pour nous’’.

Pour illustrer les témoignages, les habiller en images et remettre les confessions dans leur contexte visuel, l’INA a puisé dans une multitude de fonds d’archives – une soixantaine – issus de différents horizons : des archives françaises et des archives étrangères, des fonds professionnels mais aussi beaucoup de fonds amateurs. ‘’Dans le fonds de l’INA, nous avons même déniché des films amateurs que des personnes privées avaient confiés à l’INA dans le cadre de l’opération «Mémoires partagées». Tous ceux à qui nous l’avons demandé, nous ont autorisés à les utiliser. Nous avons essayé d’avoir accès aux archives algériennes mais aujourd’hui encore, j’attends des nouvelles’’. Les 66 témoins ont également prêté leurs archives personnelles à l’Institut. ‘’Au total, plus de 200 heures d’archives (hors documents des témoins) ont été livrées au réalisateur et à l’équipe de montage. Sans compter les 198 heures d’entretiens’’. D’autres travaux sont en préparation des deux côtés de la Méditerranée. C’est certain, 2022 sera, par excellence, l’année de l’histoire de la Guerre d’Algérie.

Y. Z.

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