Alerte : Mouvement « sans précédent » de réfugiés du Sahel

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PAR DJILALI B.

Les guerres et les confits sont les principaux facteurs d’exode massif de populations qui trouvent refuge dans d’autres régions ou d’autres pays. Après la vague déclenchée par les crises des printemps arabes, les images insoutenables de la débandade à l’aéroport de Kaboul, les regards se braquent vers le Sahel, où pourtant le phénomène déclenché en 2012 se poursuit avec les nouveaux développements et leur lot de réfugiés. Trois organisations internationales relevant de l’ONU ont relevé cette situation que nourrissent la présence et les activités des groupes terroristes, les conflits interethniques, alors que la région du Sahel est martyrisée depuis plus d’une décennie. Des milliers de réfugiés maliens sont dans des camps en Algérie, en Mauritanie et au Burkina Faso, alors qu’une nouvelle vague a été enregistrée lors de la brève reprise des hostilités entre les groupes rebelles du nord du Mali et l’armée. Parallèlement, les tensions ont provoqué aussi des vagues de déplacements de population en interne pour éviter de se retrouver entre deux feux. Cette catégorie est relevée particulièrement au Mali où des familles entières ont quitté le nord pour trouver refuge dans le centre et près de la capitale Bamako. Ce sont généralement des membres de ces familles installés dans ces villes ou des connaissances qui prennent en charges ces réfugiés. Il en est de même au Burkina Faso, qui a connu la même situation suite à la recrudescence des attaques terroristes. Ce pays se trouve confronté à un flux de réfugiés maliens et à un autre flux de déplacés intérieurs.

Non loin de ces pays, un autre drame ancien vient d’être actualisé, au Tchad, avec le déclenchement de cette guerre entre les forces loyalistes et celles de l’intervention rapide au Soudan. En effet, le Tchad abrite le plus grand camp de réfugiés soudanais qui ont fui le conflit dans le Darfour. Ils viennent d’être rejoints par un autre contingent qui a fui la nouvelle guerre. C’est à partir de ce drame humain, largement oublié des regards et des médias, que le programme alimentaire mondial (PAM), le haut-commissariat aux réfugiés (HCR), l’Unicef et l’OIM ont décidé de tirer la sonnette d’alarme sur ce qui risque d’advenir dans cette région sensible, fragile et théâtre de conflits armés et d’actes terroristes.

Dégradation de la situation sécuritaire

Les quatre organisations internationales ont décidé ainsi de joindre leurs voix pour lancer un appel diffusé dans un communiqué commun. « C’est un mouvement de réfugiés sahéliens sans précédent qui afflue vers les pays côtiers », alertent ces organisations. Les raisons de ce mouvement sont dans « la dégradation de la situation sécuritaire au Mali, au Burkina Faso et au Niger, qui a poussé plusieurs milliers de personnes vers l’exil ces derniers mois, plus intensément que jamais auparavant », précise le document. Et d’ajouter : « Les attaques terroristes se multiplient dans toute la région du Sahel. Le Burkina Faso, le Niger, mais surtout le Mali sont touchés par la forte présence de ces groupes terroristes. » Le risque n’est pas sur les pays voisins et côtiers, dont l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Libye qui ont des façades maritimes qui peuvent servir de point de départ vers la rive nord de la Méditerranée ; ces pays ayant globalement leur propre dispositif de lutte contre l’immigration clandestine. C’est plutôt le risque que ces nouveaux réfugiés soient tentés de rejoindre les côtes sud de l’Europe en suivant la voie des clandestins. Et si les pays de l’union européenne font de la question migratoire un thème majeur de leurs campagnes électorales, plus concrètement ils ne proposent aucune solution tablant sur les pays du sud pour jouer le gendarme aux postes avancés. Le Maroc bénéficie d’une aide financière pour opérer des patrouilles maritimes avec l’Espagne, mais aucun autre pays considéré de transit des flux de réfugiés n’est à l’ordre du jour de ces financements. Et c’est vers l’Egypte que l’UE s’est retournée avec un gros chèque pour devenir un rempart à ces flux.

Il est évident que c’est méconnaître la stratégie des candidats à la traversée clandestine de la Méditerranée et tenir peu des alertes comme celle de ces quatre organisations que l’UE s’aventure dans des opérations qui sentent in fine une approche strictement politique. Et des considérations de même nature. Ce qui n’empêchera pas les débarquements sur les côtes italiennes, grecques ou espagnoles. Parce que tant qu’attend le Sahel le financement de sa part de développement socioéconomique et tant que certaines capitales continuent à attiser les tensions ou comme accusent les pays de la région des pays occidentaux de complicité avec les groupes terroristes, l’Europe continuera à vivre dans la hantise des boat people dont se nourrissent ses extrêmes droites.

D. B.