De Villepin : «C’est une chance d’avoir l’Algérie au conseil de sécurité de l’ONU»

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De Villepin : «C'est une chance d'avoir l'Algérie au conseil de sécurité de l'ONU»

Par Zine Haddadi

L’ancien premier ministre français Dominique de Villepin s’est montré très élogieux à l’égard des efforts diplomatiques de l’Algérie dans le contexte mondial actuel marqué par le conflit au Moyen-Orient.
«C’est une chance d’avoir l’Algérie comme membre non permanent au conseil de sécurité de l’ONU», a-t-il déclaré dans une intervention lors d’une conférence tenue à la faculté des sciences de l’information et de la communication (Alger-3), placée sous le thème de «la nouvelle donne internationale».
L’homme politique français, connu pour ses positions nobles et équilibrées concernant l’Algérie et des questions sensibles à l’international comme le dossier palestinien, a dénoncé le «deux poids, deux mesures» qui caractérise les positions concernant ce conflit.
Ce dernier a rappelé qu’il y avait « une revendication toute légitime d’un peuple (palestinien, ndlr) qui a vu sa terre spoliée où tout a été détruit ».
S’étalant sur la question palestinienne, Dominique de Villepin a noté l’existence d’une « nouvelle donne », citant l’exemple de la mobilisation des campus américains en faveur de la Palestine » se félicitant que «beaucoup de pays reconnaissent l’Etat palestinien».
«Les choses bougent et avancent, certes, mais je pense d’ores et déjà au jour d’après, c’est-à-dire après les armes, car il s’agira, là aussi, de savoir comment le territoire palestinien sera géré, sachant qu’Israël veut garder le contrôle», a-t-il, d’ailleurs, ajouté.
Dominique de Villepin confirme sa pensée sur le rôle important que peut jouer l’Algérie à l’échelle internationale, lui qui avait déclaré qu’elle faisait partie des pays qui pouvaient se positionner comme des interlocuteurs fiables entre la Russie et l’Ukraine au moment de l’éclatement du conflit il y a deux ans.

La France doit s’excuser, selon De Villepin

Ayant été aux premières loges des relations algéro-françaises en tant que ministre des affaires étrangères puis comme premier ministre, Dominique de Villepin a tout naturellement abordé la situation des liens entre les deux pays, notamment en ce qui concerne les sujets mémoriels.
L’ancien locataire de Matignon n’a pas hésité à parler de la nécessité «des excuses» de la France. La nature sensible du passé colonial de la France en Algérie appelle des gestes forts. «Ce n’est pas avec un petit chiffon qu’on efface un aussi lourd contentieux», a-t-il expliqué.
Dominique de Villepin a toutefois laissé entendre qu’une telle démarche reste compliquée. «Aujourd’hui, même un président de la République n’a pas ce pouvoir d’exprimer ces excuses, car c’est l’ensemble de notre histoire qu’on doit regarder. A mon sens, il faut en faire un passé commun et, pas à pas, nous allons avancer, peuples et dirigeants. On ne décrète pas un mot ou une parole», a-t-il poursuivi.
Puisant dans ses souvenirs de « secrétaire général à l’Elysée sous le président Jacques Chirac », Dominique de Villepin reconnaît « des obstacles, parfois difficiles, comme le travail de la mémoire », notant une progression à chaque étape.
Citant la reconnaissance par la France des crimes commis à l’encontre de Maurice Audin et de l’avocat Ali Boumendjel, De Villepin a déclaré que «les crimes coloniaux ne peuvent pas être effacés, mais nous avons tous le devoir de les reconnaître. Mais, parfois, il faut des années pour établir la véracité de certaines situations et de certains faits».
Se projetant vers l’avenir des relations entre l’Algérie et la France, Dominique de Villepin croit que les deux pays « ont ce privilège d’avoir cette complémentarité dans leurs relations globales et historiques. Pour moi, c’est une relation d’Etat à Etat et de peuple à peuple ».
Pour arriver à construire une relation apaisée, l’ancien MAE français suggère «de tempérer les excès, comme la haine, en transformant autant de capacités en dialogue politique».
«L’Algérie et la France doivent faire émerger une vision partagée, basée notamment sur le multilatéralisme (…) Et nous devons accepter notre passé dans toute sa complexité et renforcer notre capacité à construire un avenir meilleur ensemble», a-t-il recommandé.

Voilà ce que doivent faire les pays africains

L’ancien chef de la diplomatie française, dont le plaidoyer historique au conseil de sécurité contre l’intervention américaine en Irak lui avait valu une estime dans le monde arabo-musulman, a abordé le rôle qu’a à jouer le continent africain dans un contexte marqué par la constitution de nouveaux blocs dans le monde actuellement.
Ainsi, les pays africains ont tout à gagner « s’ils levaient les barrières, mutualisaient les infrastructures et élargissaient les bases des échanges et des modes de consommation ».
Que ce soit sur le dossier palestinien, sur les relations algéro-françaises comme sur le rôle de l’Afrique, c’est le regard d’un diplomate à la longue expérience et aux positions marquées par un équilibre constant que Dominique de Villepin a apporté dans son intervention à l’université Alger 3.

L’événement a vu la participation des conseillers du président de la République, du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, des représentants du Crea, des deux ambassadeurs, respectivement d’Algérie en France et de France en Algérie, des représentants de l’APN et du conseil de la nation, de l’Inesg, des chercheurs universitaires et d’étudiants de plusieurs instituts d’Alger.

Z.H.