Issoufou en quête du soutien d’Alger

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Issoufou reçu par Tebboune

Le président de la République a reçu hier l’ancien président du Niger, Mahamadou Issoufou, qui préside le panel de haut niveau pour la sécurité et le développement au Sahel. Il a également été reçu par le MAE Ramtane Lamamra ainsi que le secrétaire général du ministère de la Défense.

Issoufou a évoqué la mission dont il est chargé lors de l’audience que lui a accordée le président Tebboune, a-t-il déclaré. Il s’agit d’une évaluation de la situation sécuritaire mais aussi du développement de la région, dit-il, en précisant qu’il y a une vingtaine d’initiatives pour le Sahel. Il a indiqué être venu solliciter le soutien de l’Algérie et a salué le président Tebboune qui a pris la décision de le soutenir dans sa mission.

Cette visite d’Issoufou à Alger intervient dans un contexte marqué par la persistance de l’état d’instabilité dans plusieurs pays de la sous-région et le plaidoyer de Lamamra à New York lors de l’assemblée générale de l’ONU et à sa réunion avec les membres du panel. Le chef de la diplomatie algérienne a présenté les contributions de l’Algérie pour la paix et le développement de la région sahélo-saharienne. Et bien entendu, la nouvelle donne qu’implique le retrait des troupes militaires françaises de l’opération Barkhane annoncée par le président Macron.

Retrait de la France

Outre être derrière plusieurs initiatives pour la stabilité et le développement de la région notamment au Mali, l’Algérie est sollicitée, interpellée par la détérioration de la situation sécuritaire au Niger, au Burkina Faso ou encore pour apporter son expertise pour le retour à l’ordre constitutionnel au Mali, au Burkina Faso et en Guinée Bissau. Aussi, l’Algérie a pu ramener les putschistes à de meilleurs sentiments après qu’ils ont rejeté les options de la Cédéao en raison de ses méthodes brusques. Ainsi, la majorité des putschistes a accepté de ramener, sur conseil d’Alger, à des délais raisonnables la durée de la transition.

Cependant, le retrait militaire français va induire des efforts supplémentaires de l’Algérie, appelée à suppléer, du moins politiquement, financièrement et sur le plan logistique pour combler d’une certaine manière «la défaillance» française. Et c’est aussi dans ce cadre que participe cette visite de l’ancien président nigérien.
Par-delà les efforts diplomatiques incessants qu’elle mène tous azimuts, l’Algérie peut désormais, à la faveur de l’amendement introduit dans la constitution, intervenir militairement dans les zones d’instabilité ou des pays en crise. Cela même si la doctrine de non-intervention de l’ANP à l’étranger est bien ancrée dans l’esprit algérien.
Les appétits qu’attisent l’Afrique de manière générale et la région du Sahel en particulier induisent indubitablement une implication plus accrue de l’Algérie dans tous les processus de retour à la paix et à la stabilité ainsi que les opérations pour le développement de la sous-région.

Mécanismes mis en veilleuse

Elle pourrait également réactiver les mécanismes régionaux créés en 2010 et mis en veilleuse par la pandémie de Covid 19. Il s’agit notamment du Cemoc (comité d’états-majors opérationnel commun), d’autant plus que le G5 Sahel a montré ses limites bien avant d’être opérationnel et que les troupes françaises quittent la région, l’UFL (Unité de fusion et de liaison), la Ligue des ulémas, imams et prêcheurs du Sahel ainsi que le mécanisme humanitaire qui regroupe les croissants et croix rouges des pays de la région.

Cependant, la préoccupation majeure, au-delà de la situation sécuritaire qui demeure certes une priorité, reste le développement de la région à travers des programmes spécifiques pour chaque région et chaque pays. Aussi faut-il trouver des partenaires financiers parce qu’ils sont peu nombreux à soutenir les efforts des pays du Sahel qui sont parmi les plus pauvres de la planète. Et instables politiquement et en proie à l’insécurité et au terrorisme.

Outre Mahamadou Issoufou, le panel est composé de Donald Kaberuka, ancien ministre des Finances du Rwanda et ancien président de la Banque africaine de développement (BAD), de l’ambassadrice Leila Zerrougui, ancienne représentante du secrétaire général de l’ONU et cheffe de la mission onusienne pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), de Sohoyata Maiga, avocate et ancienne présidente de la commission africaine des droits de l’homme et des peuples, et de Mohamed Ibn Chambas, ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

Par Djilali B.