Le Maroc renvoie 4 eurodéputés, le président du PE «tenu de prendre des mesures»

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Le Maroc renvoie 4 eurodéputés, le président du PE «tenu de prendre des mesures»

Par Djilali B.

Le Maroc continue d’entretenir la tension qu’il a créée avec l’Union européenne au lieu de, comme il est d’usage dans les relations diplomatiques, chercher l’apaisement.

En pleine crise avec le parlement européen à cause du scandale de corruption d’élus, le royaume chérifien se permet d’ouvrir un nouveau front en interdisant à des députés venus au Maroc de se rendre dans la région de Laayoune, où un groupe de Sahraouis a été jugé et condamné par un tribunal militaire.

Ces députés, au nombre de quatre, qui ne sont pas connus pour être des pro-Sahraouis, ou encore défenseurs du front Polisario, voulaient s’enquérir du respect des droits de l’homme dans le cas de ce procès.

Ils ont été réembarqués manu militari à Casablanca.

Ivo Vajgl, Vincent Ramòn Garcés, Isabella Lovin et Willy Meyer, membres de l’intergroupe parlementaire pour le Sahara occidental, ont été expulsés par les forces de police marocaines sans permettre d’accomplir leur mission.

Ils ont été remis dans le même avion qui les avait ramenés, rapporte Uenews, le média de l’Union européenne.

La scène a eu lieu sur le territoire marocain le 6 mars. L’incident est jugé «inacceptable» par le député européen Marco Scurria, qui a soulevé le problème à travers une question écrite adressée à la haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Catherine Ashton.

Le député a également soulevé la question devant le président du parlement européen, Martin Schulz, auquel il a posé la même question qu’à Lady Ashton.

Il a dit attendre la réaction de l’UE à cette pratique du Maroc.

Une tentative de cacher la tragique réalité dans les territoires occupés

L’élu européen a estimé qu’il est inacceptable que le Maroc, pays avec lequel l’Union européenne entretient des liens commerciaux et d’amitié, empêche les députés de circuler librement.

Le blocage de la mission du parlement européen, dénonce-t-il, représente la tentative manifeste de cacher la tragique réalité dans les territoires occupés, selon la même source. Et d’insister encore pour avoir une réponse :

«J’espère que le président du parlement européen, Martin Schulz, en plus d’exprimer des opinions personnelles sur la situation politique italienne, prenez le temps de clarifier les actions que vous comptez mener contre le Maroc.»

Schulz le renvoie à la commission des affaires étrangères qui s’occupe de la question du Sahara occidental et qui doit se saisir de cette affaire.

Au départ de cette scandaleuse affaire le procès de vingt-cinq civils des camps sahraouis devant un tribunal militaire marocain.

Tous ont été condamnés à des peines de prison. Un procès et un verdict que conteste le parlement européen qui doute de l’impartialité du tribunal militaire et du respect des droits humains fondamentaux dans cette région occupée par le Maroc.

En raison de la suspicion qui entoure ce genre de procès – souvent expéditifs et n’observant aucune règle de justice – de Sahraouis, même s’ils ne sont pas militants du front Polisario, il a été décidé de former cette petite délégation d’eurodéputés avec la mission de se rendre dans la ville de Laayoune pour constater et vérifier si les droits des Sahraouis sont respectés, notamment ceux des vingt-cinq accusés en question.

Et en l’absence de liaison directe entre Strasbourg et Laayaoune, Casablanca devient un passage obligé mais strictement contrôlé par les services marocains qui empêchent toute délégation dont la mission est en lien avec les droits de l’homme de se rendre dans les territoires occupés.

Ainsi, le Maroc rajoute une autre couche à sa mauvaise réputation dont la cote a dégringolé après les scandales Pegasus et de corruption d’eurodéputés.

D.B.