Lutte contre l’immigration clandestine : La stratégie couteuse mais payante de l’Algérie

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Par Djilali B.

La question migratoire n’est pas qu’un ingrédient de la cuisine européenne que l’on sort aux saisons électorales pour booster les scrutins. Elle est aussi une sérieuse préoccupation des pays du sud, pourvoyeurs de migrants ou pays de transit qui en souffrent davantage pour assurer un traitement digne et humain aux migrants qui portent en eux toute la symbolique de la détresse.

Le ministre de l’intérieur, des collectivités locales et de l’aménagement du territoire, Brahim Merad, a plaidé, jeudi à Rome, lors de la réunion de coordination de haut niveau qui a regroupé l’Italie, l’Algérie, la Tunisie et la Libye sur la question migratoire, l’approche algérienne pour faire face à ce phénomène, traité jusque-là, a souligné le ministre, selon une approche restrictive.

Il a indiqué à ce propos que «l’Algérie contribue de manière significative au soutien des efforts de développement des pays voisins» à travers «l’exploitation de tous les cadres et mécanismes disponibles, y compris les mécanismes dédiés au développement des régions frontalières, en plaidant pour la question du développement dans tous les fora internationaux, et en allouant des ressources importantes pour le soutien humanitaire et la concrétisation des projets de développement dans les pays voisins, sans oublier les projets d’intégration devant booster le développement dans ces pays et leur permettre de créer des opportunités de croissance et d’emploi pour attirer les candidats à la migration irrégulière». En effet, l’Algérie a lancé des initiatives pour le développement des régions frontalières, créant des zones d’activités profitables aux communautés des deux côtés des frontières. Même les activités du troc ont été autorisées. Des projets d’investissements à caractère notamment socioéconomique sont à l’ordre du jour de la contribution algérienne à cet effort.

M. Merad, poursuivant dans le même sens, a rappelé que «fidèle à sa politique de solidarité avec les pays frères, l’Algérie déploie des efforts qui vont au-delà de ces engagements, en mobilisant des ressources humaines, financières et matérielles considérables pour prendre en charge dans les meilleures conditions humanitaires les migrants clandestins qui arrivent souvent sur le territoire national dans des conditions de santé dégradées, en leur offrant des services de santé, en particulier aux catégories vulnérables, à l’instar des enfants et des femmes». L’Algérie a mis au point ce système, toutefois très coûteux, pour garantir un traitement humain des migrants clandestins que la déstabilisation des pays de son voisinage a poussé par milliers à ses frontières. Sont-ils aussi particulièrement tolérés malgré leur situation irrégulière dans le pays. De plus, a-t-il souligné, «l’Algérie tenait compte de tous les aspects humanitaires dans ses efforts visant à traiter le phénomène de la migration clandestine, et ce, à travers le respect total de tous ses engagements découlant des instruments internationaux qu’elle avait ratifiés, notamment ceux relatifs aux droits de l’homme et à la dignité des migrants».

Résultats positifs

Et c’est à juste titre que le ministre de l’intérieur a mentionné que «ce système complexe de dispositifs logistiques et d’énormes moyens matériels nécessaires au traitement de la question de la migration clandestine requiert un soutien continu de tous les acteurs bénéficiaires de ses résultats pour garantir sa pérennité et son efficacité».

Cette stratégie a permis, selon Merad, d’obtenir «des résultats positifs en termes de réduction des tentatives de migration par mer à leur plus bas niveau, les cas de ces traversées à partir des côtes algériennes vers l’Italie étant quasiment inexistants, puisqu’elles ne dépassaient pas, en 2023, les 0,4% du total des migrants clandestins arrivés dans ce pays par différentes voies».

Pourtant, malgré tous ces efforts, l’Algérie est ciblée par des critiques quant à de prétendus mauvais traitements vis-à-vis des migrants irréguliers, principalement des Subsahariens. En effet, l’Algérie fait régulièrement face à des attaques portant sur les traitements contraires aux droits de l’homme des migrants clandestins. La dernière a été cette manœuvre orchestrée par une ONG qui a prétendu que les autorités de Tamanrasset maltraitaient les migrants nigériens. Ce qui a fait réagir Niamey qui s’est empressé d’annoncer leur rapatriement. Au final, un communiqué officiel demandant à ceux parmi ces mêmes migrants irréguliers désireux de rentrer au pays de s’inscrire au consulat du Niger à Tam.

C’est tellement frappant et bien orchestré qu’il est à se demander pour quelle raison ces attaques ne ciblent que l’Algérie, alors que le phénomène migratoire et son traitement dans plusieurs pays frise l’inhumanité. Des migrants sont maltraités, frappés, dépouillés de leurs biens et renvoyés sans ménagement de l’autre côté de la frontière sans que ces pays soient brocardés. N’est-ce pas parce que l’Algérie a refusé de servir de poste avancé et de garde-frontière pour l’Europe ? En effet, l’Algérie a refusé de se transformer en rempart aux migrants et d’installer des centres de rétention, considérant que l’Europe est en partie responsable, de par les politiques africaines de certains de ses pays membres, de l’explosion de l’immigration clandestine.

Par ailleurs, a rappelé le ministre, l’approche algérienne en la matière «a été au centre des discussions» entre Abdelmadjid Tebboune, Kaïs Saïed et Mohamed Younès El-Menfi, président du conseil présidentiel libyen, qui ont convenu de «mettre en place une approche participative visant le développement des régions frontalières et l’unification des visions et des positions concernant la question de la migration dans la région».

D.B.