Automobile, quotas 2024 : «Nous devons d’abord faire nos comptes»

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Automobile : vers le dénouement total du dossier en 2024

Par Brahim Aziez

Ali Aoun est intervenu hier au forum d’El Moudjahid, où il a eu à dresser, devant la presse cette fois-ci, un état des lieux du secteur à son arrivée, et la feuille de route tracée pour réhabiliter certaines filières et entreprises publiques. Mais la phrase la plus récurrente qui revenait chez le ministre de l’industrie et de la production pharmaceutique sur le sujet inévitable de l’automobile a été «le véhicule est une nécessité, mais le véhicule n’est pas une priorité pour le gouvernement». Une phrase lourde de sens qui est venue en guise de réponse aux journalistes qui l’interrogeaient sur les quotas d’importation de véhicules neufs pour 2024, ou encore sur les véhicules produits en Algérie depuis décembre 2023 par Fiat et qui ne sont toujours pas sur le marché, quand il n’est pas question du devenir des unités d’assemblage confisquées par l’Etat et qui tombent en désuétude.

Dans son allocution, le ministre rappellera qu’un quota de 180.000 véhicules pour une facture de 1,9 milliard de dollars a été accordé à 24 concessionnaires pour l’année 2023. Il soulignera qu’au 18 avril dernier, près de 60% de ce volume ont été importés, soit 159.037 véhicules. Diverses raisons seraient derrière cette position du gouvernement, selon Aoun, dont la principale est la préservation de la réserve de change du pays qui permet d’acheter les médicaments et la nourriture en cas de nécessité, et grâce à laquelle l’Algérie peut se permettre de ne pas recourir aux endettements extérieurs. Le ministre ne manquera pas de rappeler que «ce qui a été fait dans le domaine automobile a été fait de manière, je ne dirai pas critiquable, mais qui n’a pas fait honneur aux initiateurs». Et d’ajouter que «cela a participé à fournir des véhicules neufs au marché, mais a participé aussi aux prix astronomiques qu’on connaît aujourd’hui».

A la question de savoir quels seront les quotas pour 2024, Ali Aoun répondra, encore une fois, que le véhicule n’est pas la priorité. «Nous devons d’abord faire nos comptes», dira-t-il, et de souligner que le quota de 2023 n’a pas encore été consommé.

D’ailleurs, le ministre Aoun avouera à ce sujet que «cela s’est fait avec beaucoup de difficultés», en référence à la reprise des importations de véhicules neufs et des agréments octroyés au dernier trimestre pour la plupart des concessionnaires (ndlr, seuls Fiat, Opel et JAC ont reçu leur agrément en février 2023). Mais d’autres raisons expliqueraient l’incapacité de certains concessionnaires à importer les quotas qui leur ont été attribués par le fait qu’«ils n’ont pas d’argent». Il ne précisera pas si des mesures seront prises à leur encontre dans l’attribution du quota 2024…

«20.000 réclamations enregistrées sur la plateforme en 2 mois»

Toutefois, il fera remarquer que des anomalies ont été observées chez certains concessionnaires qui se sont adonnés à des pratiques inacceptables. «Cela nous a poussé à lancer une plateforme depuis 2 mois, et plus de 20.000 réclamations ont été enregistrées», notera-t-il, en indiquant que «des rappels à l’ordre leur ont été adressés avec des mises en demeure, et leurs agréments leur seront retirés en cas de récidive», avertira-t-il, non sans reprocher aux consommateurs lésés de ne pas saisir la justice.

Sur le sort des usines saisies par la justice, Aoun s’insurgera en signalant que «celles saisies par la justice n’ont rien à voir avec des unités d’assemblage ou de montage. Ce sont des hangars avec des compresseurs».

L’usine Fiat exportera vers la Pologne dès 2026

Même appréciation de l’usine de Kia à Batna dont les équipements ont été «cannibalisés». Cela dit, le ministre rappellera que celle-ci a vu la mise en place d’une nouvelle équipe, en attendant de réfléchir à son redémarrage et à la marque qui va la reprendre.

Pour ce qui est de l’usine Fiat qui a été inaugurée en décembre 2023 sans que les Fiat 500 qui y sont produites soient mises sur le marché, Aoun rassurera en affirmant que celle-ci fonctionne normalement avec l’assemblage de 1000 véhicules (sans préciser si c’est le nombre total de véhicules assemblés ou si c’est la moyenne mensuelle atteinte aujourd’hui). La seule certitude du ministre est que Fiat s’est engagée à exporter une partie de ces véhicules à partir de 2026, à la faveur de la fermeture prochaine de l’usine Fiat en Pologne.

B.A.