Les dérives de Bamako

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PAR DJILALI B.

Le Mali a franchi jeudi un pas dans la provocation de l’Algérie en l’accusant d’être à l’origine de l’impasse politique dans laquelle les autorités de transition ont mené le pays. Et pour justifier la seule et unique option que les militaires au pouvoir à Bamako peuvent envisager : la solution militaire. Elle est déjà en œuvre. Alger a réagi hier en alertant sur les risques des manœuvres entreprises par Bamako.

Jeudi, les autorités de transition au Mali ont pondu un communiqué pour dénoncer l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, dit accord d’Alger, sous prétexte que la médiation internationale dont l’Algérie est chef de file a failli et que les groupes rebelles signataires
se sont transformés en terroristes. Le ton est de même veine que le précédent communiqué des mêmes autorités qui était un prélude à cette « escalade ». Elle s’est confirmée jeudi avec un premier communiqué, puis deux autres variantes de ce même communiqué vont suivre pour justifier cette fois des postions franchement hostiles à l’Algérie. Cela va de l’accusation d’avoir imposé unilatéralement une période de transition aux putschistes, d’avoir tenté d’intégrer le dossier malien dans la déclaration finale du sommet du mouvement des non-alignés, tenu la semaine dernière à Kampala, ou encore d’avoir reçu une délégation des groupes rebelles à Alger. Et d’autres griefs qui donnent à cette salve de communiqués « revus et corrigés » – parce que seules les introductions ont changé – un ton d’hystérie politico-littéraire qui renseigne sur le douteux conseil des autorités de Bamako.

Des putschistes en manque d’imagination

Pour dénoncer l’accord d’Alger, poursuivre l’offensive militaire ou aller chercher ailleurs des soutiens à une démarche politiquement discutable et préjudiciable à la sécurité de la région, les putschistes, qui n’ont respecté aucun de leurs engagements, accablent l’Algérie. Ce qui a dépassé les limites du respect qui est dû à un pays voisin qui n’a jamais détourné son regard quand son soutien est sollicité. Pour rappel, l’Algérie a abrité le dialogue intermalien autour des trois accords entre les autorités de Bamako et les groupes rebelles du nord. Alger ne pouvait passer sous silence ces accusations et ces attaques. Bien entendu, la diplomatie l’a emporté sur la rhétorique intempestive. Alger a pris connaissance avec beaucoup de regrets et une profonde préoccupation de l’initiative des autorités maliennes de dénoncer l’accord d’Alger, est-il indiqué, en substance, d’emblée dans un communiqué rendu public hier par le ministère des affaires étrangères. Le document relève le côté hasardeux de cette décision, dont les implications sur la sécurité régionale déjà instable.

« L’Algérie prend acte de cette décision dont elle tient à relever la gravité particulière pour le Mali lui même, pour toute la région qui aspire à la paix et à la sécurité, et pour l’ensemble de la communauté internationale qui a mis tout son poids et beaucoup de moyens pour aider le Mali à renouer avec la stabilité par la réconciliation nationale », lit-on dans le communiqué. La même source a apporté des précisions à même de démentir les prétendus manquements de l’Algérie à ses engagements. « L’Algérie a un devoir d’information envers le peuple malien frère. Ce dernier sait que l’Algérie n’a jamais failli à travailler à la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, avec sincérité, bonne foi et solidarité indéfectible envers le Mali frère. » Et d’ajouter : « Le peuple malien doit aussi savoir et doit se convaincre que la longue liste des raisons invoquées à l’appui de la dénonciation de l’accord ne correspond absolument ni de près ni de loin à la vérité ou à la réalité. »

Pour preuve, relève Alger dans son document, depuis deux ans, les autorités de transition préparaient leur retrait de l’accord. Elles n’ont rien fait pour poursuivre sa mise en œuvre. Bien au contraire, elles se sont empressées de cataloguer les groupes signataires de l’accord comme terroristes. Mais pas que. Le rendez-vous des élections pour lequel elles s’étaient engagées est ajourné sans raison valable. Ce qui rend problématiques et opaques les objectifs de la junte au pouvoir à Bamako.

Solution militaire vs impasse politique

En effet, a souligné le communiqué des AE, « il n’a échappé à personne que les autorités maliennes préparaient cette décision depuis bien longtemps. Les signes avant-coureurs depuis deux ans en ont été leur retrait quasi-total de la mise en œuvre de l’accord, leur
refus quasi-systématique de toute initiative tendant à relancer la mise en œuvre de cet accord, leur contestation de l’intégrité de la médiation internationale, leur désignation de signataires de l’accord, dûment reconnus, comme dirigeants terroristes, leur demande de retrait de la Minusma, l’intensification récente de leurs programmes d’armement financés par des pays tiers et leur recours à des mercenaires internationaux », précisant que « toutes ces mesures systématiquement mises en œuvre ont soigneusement préparé le terrain à l’abandon de l’option politique au profit de l’option militaire comme moyen de règlement de la crise malienne ».

Pour ainsi dire, contrairement à ce qui est attendu en matière de paix, de sécurité, de
stabilité et de développement, notamment par les Maliens eux mêmes, les autorités de transition ont opté pour la voie de l’incertitude. La voie incertaine qui pourrait servir d’alibi pour leur maintien au pouvoir. Et à Alger de mettre en garde contre cette funeste perspective. « Le peuple malien frère doit savoir que des décisions aussi malheureuses et aussi malvenues ont prouvé par le passé que l’option militaire est la première menace à
l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali, qu’elle porte en elle les germes d’une guerre civile au Mali, qu’elle diffère la réconciliation nationale au lieu de la rapprocher et qu’elle constitue enfin une source de menace réelle pour la paix et la stabilité régionales », a indiqué la même source. Et d’ajouter à ce sujet que « le Mali a toujours besoin de paix et de réconciliation. Il n’a aucun besoin de solutions qui ne lui ont apporté par le passé que déchirements, destructions et désolations ». Constat à regret de l’Algérie qui fait remarquer le risque de renvoyer, avec le dangereux virage que prend Bamako, le Mali dans la spirale de violence. « Répéter ces erreurs du passé, c’est prolonger indûment la tragédie et les malheurs pour le Mali et pour le peuple malien frère », est-il rappelé pour alerter encore une
fois sur le risque sur la stabilité du pays que font porter les options des autorités qui ont intensifié leurs « programmes d’armement financés par des pays tiers » et qui ont « recours à des mercenaires internationaux ».

D. B.