Le chef de l’humanitaire de l’ONU réclame des comptes : Ghaza, une «trahison de l’humanité»

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Par Amar R.

Après six mois de guerre génocidaire, de destruction, de privation et de souffrance incommensurables pour la population de Ghaza, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence, Martin Griffiths, a demandé hier que «des comptes soient rendus pour cette trahison de l’humanité».

Ce haut responsable des Nations unies, qui a annoncé fin mars sa démission pour des raisons de santé, dénonce aussi le fait que, malgré «l’indignation mondiale», «si peu a été fait pour y mettre fin, laissant la place à une si grande impunité».

«Pour les habitants de Ghaza, les six derniers mois de guerre n’ont apporté que mort, dévastation et désormais la perspective imminente d’une famine honteuse, créée par l’homme», écrit-il dans un communiqué.

Sur place, rappelle le chef humanitaire de l’ONU, «personne n’est en sécurité, il n’y a nulle part où aller pour se protéger». Mais, dit-il, «ces six mois de guerre ne doivent pas seulement être un moment de souvenir et de deuil, cela doit aussi provoquer une réaction collective afin que des comptes soient rendus pour cette trahison de l’humanité».

 «600 000 enfants souffrent de la faim et de la peur»

Cette déclaration du chef humanitaire de l’ONU survient alors l’armée sioniste menace de mener une attaque contre la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Ghaza, où se sont réfugiés 1,5 million de Palestiniens dont plus de
600 000 enfants souffrent de la faim et de la peur, a indiqué hier le porte-parole de l’Unicef, James Elder.

Sur son compte «X», l’Unicef a également publié une vidéo d’Elder, où il a rappelé que les enfants et les familles fuyant les attaques israéliennes ont été informés qu’ils devaient se rendre à Rafah et qu’ils seraient en sécurité là-bas, soulignant que malgré cela, des attaques brutales ont été perpétrées contre eux.

Il a mentionné que les mères et les pères essaient chaque jour de donner de l’espoir à leurs enfants malgré la peur et la faim, Elder a déclaré que le mot «espoir» risquait d’être supprimé du dictionnaire à Ghaza.

Il a appelé tous ceux qui ressentent la douleur et la peur des parents envers leurs enfants et tous ceux qui croient en l’enfance à mettre fin à cette souffrance à Rafah.

«Il n’est pas acceptable que cette tragédie se poursuive»

Cet avis rejoint celui exprimé par le directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), Ramesh Rajasingham, qui a fait état vendredi de son inquiétude face à la «tragédie» en cours dans la bande de Ghaza.

«Six mois d’agression, de destruction, de privation, de traumatisme et de souffrance insondables pour la population de Ghaza. Six mois qui remettent en question notre humanité et nos priorités communes», a-t-il déclaré, lors d’une réunion du Conseil de la sécurité, consacrée à la situation au Moyen-Orient, et notamment à la question palestinienne.

Il a précisé que 17 000 enfants sont non accompagnés ou séparés de leurs parents ou de leur famille, et que 1,7 million de personnes ont été déplacées de force.

«Il est clair que la protection des civils n’est pas assurée à Ghaza», a-t-il ajouté, soulignant que les bombardements menés par les forces d’occupation sionistes ainsi que les opérations au sol se sont poursuivies dans une grande partie de la bande de Ghaza, causant des martyrs et des blessés supplémentaires.

«La menace d’une opération militaire sur Rafah subsiste. Les conséquences seraient incommensurables», a-t-il ajouté.

Rajasingham a ajouté que la souffrance humaine se poursuivait malgré les «obligations claires» découlant du droit humanitaire international, des mesures conservatoires indiquées par la Cour internationale de justice (CIJ) et de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant un cessez-le-feu immédiat pour le mois de Ramadhan, à l’initiative de l’Algérie.

«Il n’est pas acceptable que cette tragédie se poursuive à Ghaza», a-t-il souligné.

Intervenant lors de la même session au Conseil de sécurité de l’ONU, tenue à la demande de l’Algérie, le représentant permanent d’Algérie auprès des Nations unies, Amar Bendjama, a décrit l’assassinat des humanitaires du World Central Kitchen comme «un nouveau chapitre dans le livre des crimes commis», soulignant que les victimes n’étaient pas des Palestiniens et que leur meurtre brutal méritait la même condamnation. Il a déclaré que la couverture médiatique massive et la colère suscitée par le meurtre des travailleurs de l’organisation ne seraient pas justifiées si elles n’étaient pas égales à la colère suscitée par le meurtre de civils palestiniens.

Il a ajouté : «Faut-il oublier que la force d’occupation a tué plus de 33 000 Palestiniens,  dont 70% de femmes et d’enfants depuis le 7 octobre ? Faut-il rappeler que 224 travailleurs humanitaires ont été tués par la force d’occupation depuis le 7 octobre ? Faut-il rappeler que 484 agents de santé ont été tués depuis le 7 octobre ?»

A.R.