M’hamed Hamidouche : «Il faut privatiser les banques et ouvrir les bureaux de change»

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Hamidouche
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Le docteur en analyse économique, M’hamed Hamidouche est d’accord avec le président de la République en ce qui concerne l’obsolescence du système bancaire algérien.

Il considère même que c’est l’une des raisons principales du problème de l’argent qui circule hors du circuit officiel. «Il faut se demander pourquoi les gens refusent de mettre leur épargne dans les banques, pourquoi ont-il peur ? À mon sens, cela est dû essentiellement à notre système bancaire archaïque», estime le docteur Hamidouche. Appelé à nous livrer une solution, notre interlocuteur, propose une solution radicale. «Vous savez, si ce secteur continue à être dominé par le secteur public, on n’aura aucune solution, parce que 95% de l’épargne réelle est détenue par le secteur public qui actuellement, fait de la résistance aux réformes. Tous les gouvernements, notamment dans le tiers-monde, sont confrontés au même problème des banques publiques qui se cachent toujours derrière le prétexte de «l’usure» et de «l’illicite». Donc, la solution immédiate et impérative est de privatiser les banques publiques en passant par la bourse.» 

«On ne doit pas avoir peur pour nos réserves de change»

Toujours au sujet de l’économie informelle, notre expert a estimé que la solution est entre les mains des décideurs. Il cite la question de la devise pour étayer ses dires : «Le problème de l’informel se situe au niveau de la décision. Par exemple, s’agissant du problème des devises étrangères, tout le monde s’accorde à dire que le marché du «square Port-Saïd» est informel et qu’il faut le combattre. Or, la solution est dans son intégration. L’administration peut acheter des devises pour les besoins d’équipement ou autres, les entreprises aussi peuvent acheter des devises pour importer des matières premières, mais les ménages n’ont pas ce droit pour acheter des médicaments ou tout simplement pour faire du tourisme, etc. Comme il y a une demande, l’offre doit être initiée. Donc, pour combattre l’informel, il faudra simplement décider de réguler le marché. A l’exemple de nombreux pays, entre autres la Jordanie ou la Syrie, où cela obéit à la règle de l’offre et de la demande. On ne doit pas avoir peur pour nos réserves de devises et penser que si elles venaient à finir, on va mourir de faim. Il faut ouvrir les bureaux de change. C’est une nécessité. Mener une guerre aux barrons de la devise ne servira à rien, il faut plutôt penser à comment intégrer l’informel et vite».  

«Comment réduire de 30 à 40% le marché informel»

Prié de nous parler des marchés informels qui sont implantés dans toutes villes algériennes, le Dr Hamidouche préconise une solution très simple. «L’Etat ou les collectivités locales doivent gérer les marchés de proximité. Il faut donner aux jeunes qui activent à la sauvette le droit à un reçu de la commune pour qu’ils puissent vendre au sein du marché. Ils n’auront qu’à exposer leur marchandise avec un document administratif équivalent au registre de commerce, et d’une façon indirecte, payer des taxes symboliques mais qui serviront de recettes pour la commune et pour l’Etat. On aura ainsi intégré des gens dans un système où ils étaient «out», de façon à réduire les seuils du secteur informel de 30 ou 40% jusqu’à les réduire à des taux tolérés, à 5% par exemple», explique-t-il.   

«L’Algérie d’aujourd’hui peut se permettre un endettement extérieur »

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a rejeté les recommandations du FMI et écarté complètement la possibilité d’un endettement extérieur. Notre expert n’est pas tout à fait d’accord et il explique pourquoi : «C’est un débat idéologique qui n’a pas lieu d’être en économie. Parce qu’il y a des périodes de croissance ou de crise où on a besoin de financement. Je pense qu’on peut et on doit dans certains cas recourir à la Banque mondiale pour emprunter de l’argent pour des projets d’infrastructures d’envergure, cela nous permettra de gagner beaucoup de temps.» Et d’expliquer : «Sur ce point, il n’y a ni non ni un oui systématiques, il faut agir en fonction des opportunités. Si l’Algérie avait une dette qui représente 70 ou 80% du PIB, et qu’elle écarte l’emprunt extérieur, là je vote oui, parce que ce serait justifié, mais écarter l’emprunt alors qu’on peut se le permettre sans qu’il y ait le moindre risque sur notre économie ou équilibre est pour moi  une justification idéologique qu’on a hérité du socialisme».  

«Le changement de monnaie ne changera rien sur le plan économique»

Tebboune a choisi le dialogue pour intégrer l’argent qui circule hors circuit bancaire, néanmoins il n’a pas écarté définitivement la possibilité d’un changement de monnaie. Interrogé sur l’efficacité de cette solution et son impact sur l’économie nationale, M’hamed Hamidouche nous dira : «Mis à part le fait de savoir le montant de l’argent qui est thésaurisé quelque part et à qui il appartient, cela ne change rien sur le plan de l’économie.»  

«Je mise sur 3% de croissance d’ici la fin de l’année»

Avant de clore notre entretien, nous avons évoqué les objectifs du président quant au taux de croissance économique d’ici la fin de l’année. Notre économiste, bien qu’optimiste, ne pense pas qu’on puisse atteindre 5%. «Les USA tablent sur une croissance de  %, tous les pays d’Europe s’attendent à 5 ou 6%. En ce qui nous concerne, si on atteint 4 ou 5% on est dans la norme, mais pour plusieurs raisons qu’on évoquera la prochaine fois si vous voulez, cela me semble impossible. Je pense que cela va se situer autour de 3% de croissance. Car ce qui tire la croissance, ce sont les dépenses de l’Etat, qui, elles, dépendent des revenus de la vente des hydrocarbures. Lesquelles devraient êtres similaires à celles de l’année dernière.»  

  1. R.

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