Mourad Goumiri, expert en économie et finances : «La privatisation d’EPE est une option à envisager»

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ENTRETIEN RÉALISÉ PAR R. AKLI

Que pèse aujourd’hui le secteur économique public en termes de création de valeur ajoutée et d’emplois ?

Le secteur économique public représente 30% du produit intérieur brut (PIB) total, actuellement. Mais ce chiffre est trompeur si l’on entre dans le détail. En effet, le secteur privé est composé à plus de 80% du secteur des services (commerce et distribution) dans lequel il est très majoritaire. En outre, le secteur privé est composé, en grande majorité de PME et PMI, ce qui le rend très volatil.

En termes de valeur ajoutée et d’emplois, le secteur public reste encore pourvoyeur d’emplois durables (en CDI) et en valeur ajoutée, il demeure majoritaire dans la transformation de produits de base.

Quel est l’état de santé général du secteur public aux plans financier et managérial ?

C’est le problème essentiel du secteur public : le management et le bilan financier. S’agissant de son management, force est de constater qu’il est très faible, du fait d’une désignation des managers non pas par leurs capacités intrinsèques mais celle relationnelle et subjective.

Quant au bilan financier, le secteur public est un véritable gouffre financier pour le trésor public qui, chaque année, réserve d’immenses ressources financières pour éponger ses déficits (restructurations financières). Certes, ce n’est pas toujours de son fait, car les pouvoirs économiques imposent au secteur public des sujétions publiques qu’ils ne prennent pas en charge (prix réglementés, masse salariale exorbitante, projets non rentables…). Il est donc urgent de prendre des décisions structurelles…

Comment expliquer la récurrence depuis plusieurs années des difficultés financières de certaines entreprises économiques publiques (EPE), à l’image de l’Eniem et autres, et ce, malgré les opérations d’assainissement répétitives consenties par l’Etat-propriétaire?

L’assainissement financier des EPE doit être accompagné par un contrat de performance et une levée des contraintes imposées aux entreprises (sureffectif, prix relatifs bloqués, investissements non rentables…). Les EPE doivent être traitées comme les entreprises privées et obéir à toutes les règles admises par le code de commerce.

En outre, elles doivent faire l’objet d’un programme de rénovation de l’outil de production, très souvent archaïque, sur la base d’un financement à long terme (20 ans) et à un taux débiteur réduit (2%).

Faut-il passer par une nouvelle politique de privatisations ou privilégier plutôt les réformes des modes de gouvernance et de management de ces entreprises tout en les gardant dans le giron de l’Etat ?

Les deux solutions doivent être initiées, à savoir, d’un côté, la privatisation des EPE non stratégiques (tourisme, services, transport, agriculture…) et, d’un autre côté, l’amélioration de leurs mode de gestion en introduisant des instruments innovants en matière managériale pour les EPE stratégiques.

Enfin, il faut permettre au secteur privé d’investir dans tous les secteurs économiques et ne pas permettre la constitution de monopoles publics et privés, afin de laisser la concurrence opérer sa mission d’introduire l’optimalité.

De quels atouts disposent les entreprises économiques publiques pour trouver repreneurs et intéresser éventuellement les investisseurs nationaux ou étrangers en cas de privatisation ?

En général, les actifs immobilisés (terrains, bâtiments, locaux…) des EPE sont sous-évalués et peuvent représenter un attrait certain pour le secteur privé national et étranger. Il ne faut cependant pas brader ce patrimoine immobilier en le cédant à des prix hors marché.

Un juste prix doit être trouvé pour à la fois être attractif mais également pour récupérer des deniers pour le compte du trésor public.

R. A.