Retrait du Burkina, du Mali et du Niger de la Cédéao : L’exit politique face à l’équation économique

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PAR DJILALI B.

L’AES, Alliance des Etats du Sahel, Burkina Faso, Mali et Niger, vient de franchir un nouveau pas dans « sa rébellion » contre la Cédéao allant jusqu’à déposer « des motions de divorce » avec cette communauté, que les trois autorités issues de coups de force accusent d’avoir dévié de ses principes fondateurs.

La rupture entre les trois Etats et la Cédéao était prévisible dès lors que la communauté a privilégié la force, la sienne, supposée, comme mode de règlement de ces crises politiques. Une batterie de sanctions s’est abattue sur le Mali, sur le Burkina ensuite et enfin sur le Niger, mais cette fois, les sanctions sont assorties d’une menace d’intervention militaire de la force de la Cédéao pour rétablir le président déchu Mohammed Bazoum. Ce qui a laissé une mince marge pour les solutions négociées. Ont-elles d’ailleurs porté, ces négociations, par la suite sur des détails qui n’engagent presque même plus la remise en cause des putschs. C’est le cas notamment au Niger où la médiation a porté sur la libération du président Bazoum et des membres de sa famille.

Mais quelques mois avant, les trois pays avaient créé une alliance sécuritaire solidaire pour riposter à la menace d’intervention de la force de la Cédéao au Niger. Une initiative qui a calmé les ardeurs de la Cédéao qui a mis en sourdine son option militaire marquant un recul, même si sont maintenues les sanctions économiques dont les conséquences sont plus sociales qu’à incidence sur les nouvelles autorités des trois pays.

Les trois pays ont lancé entre eux une sorte de dialogue politique qui débouchera sur une préfiguration d’alliance économique renforcée prédestinée à donner forme à une intégration économique entre les trois pays, avec un marché commun, et éventuellement, une monnaie commune, d’un type nouveau, sans aucun lien avec le franc CFA imposé par la France. D’autres ambitions étaient avancées lors de la réunion à Niamey des ministres des
affaires étrangères, des trois. Il était ainsi naturel que les discussions au sein de l’AES aboutissent à une séparation de la Cédéao. Toutefois, son annonce est plus à vocation politique, symbolique d’une rupture définitive avec l’ancienne force coloniale, mais toujours présente à travers des accords économiques et militaires, dont la monnaie, le franc CFA, géré à partir de Paris.

Loin de ressembler au Brexit, le retrait des Britanniques de l’Union européenne, le retrait de l’AES devra passer, comme l’a d’ailleurs souligné la Cédéao, par des négociations.

Nouvelle monnaie

En perspective, l’AES s’inscrit dans la création d’une nouvelle monnaie, probablement commune, comme l’avaient indiqué les MAE, lors de la réunion de Niamey, le mois dernier. Toutefois, une telle perspective nécessite une ingénierie financière très élaborée pour sortir sans dégâts de la Cédéao et du franc CFA qui est la seule monnaie connue dans les pays de la communauté. L’autre écueil réside dans le fait qu’une partie des réserves des pays de la
Cédéao est déposée à la banque de France en vertu d’accords post-indépendance avec les anciennes colonies françaises de l’Afrique de l’Ouest.

La France devient alors un acteur, même indirect, des négociations à venir entre les trois Etats qui ont déposé leur dossier de retrait et la Cédéao. Le processus peut s’avérer plus ardu que l’entendent les projections des gouvernements et les autorités de transition qui soutiennent leur démarche, pour ne pas dire qu’elles en sont les auteurs. Mais il est utile de relever que le divorce entre les trois Etats et la Cédéao est consommé. Un divorce avec la France, l’ancienne puissance coloniale à l’origine de ce système.

D. B.